La Suisse vient de se doter de six nouveaux pôles de recherche nationaux (PRN). Alors qu'il avait déjà lancé quatorze premiers centres du genre, qui ne concernaient que les sciences dites dures en 2000, le Fonds national de la recherche scientifique (FNS) a cette année choisi de privilégier les sciences humaines. Après avoir étudié 44 projets, puis 17, il a en sélectionné une demi-douzaine. Les Universités de Bâle et de Zurich se voient attribuer chacune deux pôles. Berne et Genève sont les deux autres lauréates. Si l'établissement des premiers pôles, destinés à renforcer la position de la recherche scientifique suisse au niveau international, avait provoqué l'ire de certaines disciplines oubliées, la rogne se déplace aujourd'hui du côté des régions. Genève est en effet la seule université romande à avoir obtenu un PRN. Pourtant, il semble que cette décision de répartition relève plus des moyens financiers limités du FNS que de privilèges régionaux ou de la compétence des facultés.

«La décision ne nous enchante pas, mais nous n'allons pas jouer les mauvais perdants en brandissant la carte du régionalisme», déclarait mardi le secrétaire général de l'Université de Fribourg, Daniel Schönmann. L'homme est beau joueur, surtout lorsque l'on sait que l'alma mater du bord de la Sarine est la seule université, avec Saint-Gall, à ne pas posséder de pôles de recherche. En février dernier, à l'heure de la présélection des candidatures, plusieurs universités romandes s'étaient offusquées de la clé de répartition qui les mettait à l'écart cette fois-ci. De son côté, le Fonds national déplore ces querelles de clocher. «Nous n'avons pas pris en compte les critères régionaux, mais la qualité scientifique des propositions», a précisé le chef de la communication du FNS, Philippe Trinchan. Ce dernier a également fait remarquer, tout comme Charles Kleiber, secrétaire d'Etat à la science et à la recherche, que la Suisse romande était proportionnellement bien, voire surreprésentée au niveau de ses pôles, puisqu'elle en possède huit (un à Neuchâtel, quatre à Lausanne et trois à Genève), sur les vingt existants. Chaque pôle comprend un ensemble de projets, développés en collaboration avec d'autres universités du pays. Et même à ce niveau les Romands auraient été bien servis lors de la dernière sélection. «Sur 99 projets, la Suisse romande en a obtenu 26», a fait remarquer Philippe Trinchan. Pour ce dernier, «les vingt candidatures romandes qui n'ont pas été retenues étaient tout simplement moins bonnes que les autres». Loin de mettre en doute la compétence des universités romandes, le porte-parole du FNS pointe surtout du doigt les coupures budgétaires à l'encontre du Fonds national. «La sélection se fait de plus en plus féroce par la force des choses», selon lui.

Autre critique adressée au Fonds national: les réponses négatives aux projets présentés auraient été rédigées succinctement. «Certains de nos chercheurs sont intervenus auprès du FNS pour obtenir des compléments d'information», déclarait Daniel Schönmann mardi.

La Confédération débloquera 50 millions de francs jusqu'en 2009 pour subventionner les nouveaux pôles de recherche. Mais chaque université bénéficiaire devra aussi mettre la main au porte-monnaie. Les quatre nouvelles élues devront débourser 15 millions de francs sur leur ensemble. Le chef du Département fédéral de l'intérieur, Pascal Couchepin, a souligné lors de la présentation des nouveaux projets la nécessité de donner toute leur importance aux sciences humaines et sociales. Il a déclaré qu'en plus de contribuer aux défis et aux débats de société, elles étaient un moteur pour la Suisse et ses réformes à venir. Le conseiller fédéral compte tout particulièrement sur certains pôles, comme celui qui étudiera la santé mentale des Suisses, pour résoudre le problème de l'AI, par exemple. «Nous avons lancé les voies qui permettront à la recherche de se développer, à vous maintenant de nous ramener les épices», a-t-il conclu en s'adressant aux nouveaux directeurs des pôles.