Trois hélicoptères Super-Puma de l'armée quitteront mardi la Suisse pour l'Albanie, si le Conseil fédéral donne son accord à cette mission humanitaire. Les appareils devraient décoller de Locarno. Un tel déplacement constituerait une première: la Suisse n'a jamais procédé à une opération aéroportée militaire dans une zone étrangère placée dans un contexte de guerre.

L'envoi d'hélicoptères des Forces aériennes en Albanie pose deux problèmes au moins: celui du ravitaillement en carburant et celui de la protection des appareils. S'agissant du second point, l'armée songe à envoyer aux côtés des pilotes un détachement de gardes-fortifications armés de fusils d'assaut. La loi, qui interdit aux soldats suisses de porter l'arme à l'étranger, ne s'applique pas aux gardes-fortifications qui, bien que soldats professionnels, ont un statut de fonctionnaires.

Le nombre de militaires que le Département fédéral de la défense (DDPS) souhaite mettre à la disposition du Corps suisse d'aide en cas de catastrophe (ASC), déjà présent en Albanie, en Macédoine, au Monténégro et en Serbie, n'était pas connu lundi. Sans attendre la décision de principe du Conseil fédéral, six militaires suisses sont partis dimanche pour Tirana en reconnaissance. Ils étaient accompagnés sur place de deux membres de l'ASC. Emmené par le chef de l'état-major des Forces aériennes, le brigadier Christophe Keckeis, le groupe de soldats est rentré en Suisse le jour même, selon le chef de l'information de l'ASC, Stefan Kaspar. Le brigadier Keckeis se trouvait lundi soir à la base qui abrite la flotte des Super-Puma, à Alpnach (OW).

Le soutien de l'armée ne se limite pas à trois Super-Puma. Un premier avion chargé de 40 tonnes de tentes militaires devait décoller de Bâle lundi soir pour Skopje, en Macédoine. Cent cinquante collaborateurs du DDPS ont été réquisitionnés dans les arsenaux à cet effet, durant le week-end de Pâques, selon le chef de l'information du DDPS Oswald Sigg. Les tentes de l'armée doivent être livrées aux 20 000 réfugiés kosovars massés à la frontière entre le Kosovo et la Macédoine.

L'aide arrive sur place

Onze semi-remorques de l'ASC sont arrivés lundi matin dans la région au terme d'un voyage de quatre jours. «L'un d'eux aurait dû parvenir au but la veille, mais il a été retardé par les douaniers italiens qui ont vérifié qu'il ne contenait pas d'armes», explique Stefan Kaspar. Le convoi affrété par l'ASC contient 12 000 tentes, 10 000 sacs de couchage de l'armée, 8500 couvertures de la Croix-Rouge suisse, 1550 sets de cuisine et 9000 jerricanes. L'ASC a dépêché 26 personnes dans la région (15 en Albanie, 8 en Macédoine, 2 au Monténégro et 1 en Serbie en prévision des besoins humanitaires qui pourraient surgir dans ce pays). L'action du corps suisse dans les camps de transit des réfugiés est coordonnée par le Haut Commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR).

«Les trois hélicoptères Super-Puma de l'armée nous seraient d'une grande utilité en Albanie, ajoute le chef de l'information de l'ASC. Ils nous permettraient d'acheminer l'aide matérielle plus aisément que par la route, qui est mauvaise.» Les hélicoptères auraient aussi pour tâche d'évacuer des réfugiés dans des endroits plus sûrs à l'intérieur de l'Albanie, mais il semble exclu qu'ils servent de moyens de transport pour les Kosovars jusqu'en Suisse.

Arnold Koller plaide l'accueil

L'aide humanitaire d'urgence consentie par la Confédération sur place prélude à l'arrivée en Suisse de réfugiés de la guerre. Répondant à l'appel lancé dimanche par le haut-commissaire aux réfugiés, Sadako Ogata, à la communauté internationale, le chef du Département fédéral de justice et police, Arnold Koller, a indiqué que la Suisse était prête à accueillir un contingent de Kosovars sans toutefois en préciser l'importance. La Suisse abrite déjà 200 000 Kosovars, dont 50 000 réfugiés. Le Conseil fédéral redoute tout effet d'attrait. Il compte sur la conférence du HCR, mardi à Genève, pour amener la France et l'Italie à revoir leur décision de ne pas abriter chez elles de réfugiés kosovars. Les directeurs de l'Office fédéral des réfugiés (ODR) et de la Direction du développement et de la coopération (DDC), Jean-Daniel Gerber et Walter Fust, représentent la Suisse à la conférence.

Le Conseil fédéral décidera le 14 avril s'il accorde ou non l'admission provisoire aux réfugiés kosovars, aujourd'hui menacés de renvoi tous les six mois. Tous les arguments plaident en faveur d'une telle admission, fait-on savoir à l'ODR. Mais il serait bon que les pays voisins, surtout l'Allemagne et l'Autriche, l'accordent aussi.