La Suisse s'apprête à combattre plus sévèrement le trafic de diamants, qui finance certaines des pires guérillas d'Afrique. Mise en cause par un récent rapport des Nations unies, selon lequel les ports francs des aéroports de Genève et de Zurich sont susceptibles d'accueillir le transit de pierres de provenance douteuse, voire de favoriser leur «blanchiment» (Le Temps des 27 et 28 janvier), elle a pris la décision de resserrer sensiblement ses contrôles douaniers à partir du 1er mars prochain. «Nous n'avons aucun intérêt à jouer un rôle de plaque tournante dans un commerce aussi douteux», explique Roland Vock, chef suppléant du secteur du contrôle à l'exportation et des sanctions au Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco).

Le problème est aujourd'hui brûlant. Il a d'ailleurs valu à la Suisse la visite de trois délégations de l'ONU ces derniers mois. Les guérillas de l'Angola, de la Sierra Leone et de la République démocratique du Congo se servent des réserves de pierres qu'elles contrôlent pour se financer et poursuivre des guerres particulièrement coûteuses en vies humaines. Très préoccupé, le Conseil de sécurité des Nations unies a interdit l'importation des «diamants sales» issus des deux premiers pays cités (dans les résolutions 1173, du 12 juin 1998, et 1306, du 5 juillet 2000). Mais ces décisions gardent une portée limitée tant que les trafiquants peuvent dissimuler l'origine de leurs marchandises. Or, ils ont le moyen d'y parvenir en multipliant les étapes sur le chemin de l'acheteur et en substituant au nom du pays d'origine celui d'un pays de transit, dit de simple «provenance». Une opération que facilite le passage par un port franc, où la loi internationale autorise notamment, sous certaines conditions, mélanges de produits et changements d'emballage.

Inventaire détaillé

Jusqu'ici, la Confédération manquait de données chiffrées sur les marchandises en transit dans ses ports francs. Et elle n'exigeait des certificats de provenance et d'origine que pour les diamants qu'elle importait ou qu'elle savait issus d'une poignée de pays particulièrement sensibles. Dès le 1er mars prochain, elle va exiger l'inventaire précis de tous les lots de diamants de passage sur son territoire, ainsi que des déclarations de provenance et d'origine pour toutes les pierres, d'où qu'elles viennent, y compris celles opérant un simple transit. «Nous n'étions pas obligés d'en faire autant, commente Othmar Wyss, chef du secteur du contrôle à l'exportation et des sanctions au Seco. Nous allons au-delà de ce que l'ONU exige.» Si la Suisse n'était pas contrainte à déployer une telle bonne volonté, elle a cependant tout intérêt à ce que l'image de la profession des diamantaires ne soit pas ternie par l'existence de quelques trafics morbides. N'est-elle pas un important centre du commerce du diamant? Et le premier producteur et acheteur mondial, De Beers, n'a-t-il pas établi il y a une dizaine d'années à Lucerne l'un de ses principaux sièges internationaux?