Energie

La Suisse se prépare à importer plus d’électricité

La Commission fédérale de l’électricité craint une progression trop lente des énergies renouvelables

Dix jours après l’adoption de la nouvelle loi sur l’énergie, la Commission fédérale de l’électricité (ElCom) lance un avertissement: «Si le taux d’expansion des énergies renouvelables reste modéré, la dépendance aux importations devrait continuer d’augmenter.» Présidée par l’ancien conseiller aux Etats Carlo Schmid (PDC/AI), l’ElCom doute même que cette expansion soit suffisante. «L’augmentation des énergies renouvelables ne pourra pas compenser le déficit de production de la Suisse», écrit-elle dans un communiqué de presse. La commission fédérale n’est pas isolée: le potentiel réel des énergies renouvelables, principalement du photovoltaïque et de l’éolien, a déclenché d’âpres débats durant la campagne sur la Stratégie énergétique 2050.

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Pas de problème à craindre dans l’immédiat. «La qualité de l'approvisionnement était excellente ces dernières années et elle est garantie à court terme», commente Carlo Schmid. A l’exception de Beznau I, à l’arrêt depuis plus de deux ans, les réacteurs produisent l’électricité attendue. Mais ils seront progressivement retirés du réseau et c’est là que le défi des énergies renouvelables devra être relevé. Il faut aussi tenir compte du fait que les possibilités d’importation en provenance de France et d’Allemagne pourraient être plus difficiles à l’avenir.

Deux hivers «tendus»

L’ElCom rappelle que la situation a été difficile en janvier dernier, mois particulièrement froid et sec. Il a fallu recourir «massivement aux réserves des lacs de rétention suisses, avec pour conséquence des niveaux d’eau historiquement bas». Or, au même moment, «plusieurs centrales nucléaires françaises avaient été provisoirement retirées du réseau alors que la consommation d’électricité avait fortement augmenté pendant la période hivernale, une grande partie des ménages se chauffant à l’électricité». A cela se sont ajoutées des congestions sur les réseaux allemand et italien.

Même si elle a finalement été maîtrisée, la sécurité de l’approvisionnement durant les deux derniers hivers a été «tendue», surtout pendant la saison 2015-2016, rappelle l’ElCom. Elle devrait être plus stable l'hiver prochain. En février, l'Elcom a constitué avec Swissgrid, la société nationale du réseau, un groupe de travail «Hiver» dont la mission consiste à anticiper les risques de pénurie. La Suisse étant tributaire des importations durant la saison froide, des mesures sont à prendre afin que le réseau suisse soit en mesure de digérer une hausse durable du courant importé. Une première mesure a été l’installation d’un transformateur à Beznau. Il permet de convertir l’électricité acheminée de l’étranger sur le réseau 380 kilovolts en 220 kilovolts. Le réacteur I de la centrale argovienne étant en arrêt prolongé depuis le printemps 2015, cet équipement réduit le risque de coupures de courant dans la région zurichoise.

Transformateurs nécessaires

Un dispositif similaire doit être installé à Mühleberg. La centrale bernoise cessera toute production en décembre 2019. L’augmentation de la tension sur la ligne Bassecourt-Mühleberg et l’installation d’un transformateur devra garantir l’alimentation de la région bernoise. Ces équipements sont jugés nécessaires par l’Elcom, car «le besoin d’importation continuera de croître et la disposition des pays voisins à exporter gagnera en importance», avertit-elle. La commission va poursuivre ses travaux et examinera divers scénarios de crise afin de prévenir tout risque de pénurie. Elle prendra en compte la mise hors service des centrales nucléaires dans le sud de l’Allemagne d’ici à 2022 ainsi que le retard pris dans l’extension du réseau allemand.

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Pour le reste, la commission fédérale de surveillance juge la situation de la Suisse bonne en comparaison internationale. En 2016, la durée d’interruption moyenne a été de 19 minutes, une valeur qu’elle juge «extrêmement basse», mais néanmoins supérieure aux moyennes de 13 et 11 minutes en 2014 et 2015. Quant au prix moyen payé par le consommateur, il s’élève à 20,05 centimes par kilowattheure hors TVA en 2017, soit un peu moins qu’en 2016.

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