Crime organisé

La Suisse se retrouve aux avant-postes de la lutte anti-mafia

Le démantèlement d’un clan calabrais illustre la montée en puissance de la collaboration judiciaire italo-suisse.Mais aussi le danger d’infiltration mafieuse au Tessin et dans d’autres cantons

Le 24 novembre dernier, au terme d’une enquête de plus de trois ans, 23 personnes liées au clan mafieux des Bellocco, un des plus puissants de la’Ndrangheta, la mafia calabraise, sont arrêtées en Italie lors d’une opération éclair conduite par les parquets anti-mafia de Reggio de Calabre et de Milan et coordonnée par la Direzione Nazionale Antimafia de Rome. Parmi elles, le parrain Michele Bellocco et plusieurs membres de sa famille, mais aussi l’homme de confiance des Bellocco au nord de l’Italie, Antonio Carlo Longo, un Calabrais résidant près de Lugano.

A la conférence de presse donnée le jour même étaient présents non seulement les magistrats calabrais et milanais, mais aussi le procureur suisse Pierluigi Pasi, responsable de l’antenne luganaise du Ministère public de la Confédération. Dans le domaine de la criminalité organisée, c’est sans doute la première fois qu’un magistrat helvétique est invité par ses collègues italiens à un tel événement. «Un signal fort, symbolique, qui indique que quelque chose a changé», note Pierluigi Pasi.

Le grand coup de pied que la justice italienne a pu donner dans la fourmilière Bellocco n’aurait pas été possible si une «enquête commune» n’avait pas été menée par une équipe d’enquêteurs italiens et suisses. Bien plus, dans ce cas, «la justice helvétique a fourni une grande partie des éléments» ayant permis de mener à bien l’enquête, précise le magistrat suisse. Et ce dans le cadre d’un échange spontané, continu, qui n’est plus réglé par les seules demandes d’entraide judiciaire, trop lentes.

«Les mentalités ont évolué ces dernières années, tant en Suisse qu’en Italie, explique le procureur tessinois. Nous nous sommes rendu compte que ce mode opératoire était le seul moyen de lutter efficacement contre la mafia qui elle, ne connaît pas de frontières.»

Si les méthodes ont progressé, le danger d’infiltrations du tissu économique suisse de la part des mafias italiennes reste aussi élevé qu’il y a dix ans, quand l’Office fédéral de la police a commencé à tirer la sonnette d’alarme. Le Tessin, comme le Valais d’ailleurs, est une zone particulièrement à risque, puisqu’il confine avec l’Italie, observe Pierluigi Pasi.

A un jet de pierre de la grande métropole piémontaise, Milan, il offre une économie saine, de bonnes structures financières et une haute qualité de vie. Après l’argent de la mafia, ce sont les mafieux eux-mêmes qui sont arrivés en Suisse, comme le prédisait le juge anti-mafia Giovanni Falcone il y a plus de vingt ans. Ils apprécient ce que tout ressortissant étranger «normal» apprécie dans notre pays, constate Pierluigi Pasi.

«La mafia ne connaît pas de frontières»

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