Face à la hausse des demandes d'asile, l'Office fédéral des migrations (ODM) essaie d'agir toujours plus directement dans les pays de provenance des migrants. Plus particulièrement en Afrique. Il a déjà mené, en 2007, des campagnes au Nigeria et au Cameroun, pour dissuader les candidats au départ de faire la traversée au péril de leur vie. Dévoilés, ces clips ont suscité des critiques en Suisse en raison de la noirceur et de l'exagération avec laquelle la Suisse était dépeinte. Pour vraiment rebuter les migrants.

L'ODM va maintenant lancer de nouveaux projets «africains» de prévention de la migration irrégulière, au Mali et en République démocratique du Congo (RDC) notamment, a appris Le Temps. Au Mali, le projet démarrera en décembre. Les dangers de la migration illégale seront expliqués via une pièce de théâtre et un film. «Il s'agit là d'un projet pilote dans un pays de transit classique», précise Roman Cantieni, porte-parole de l'ODM. Le Mali vient par ailleurs d'inaugurer un «Centre d'information et de gestion des migrations», mais la Suisse n'y participe pas.

Guerre civile meurtrière

Le projet en RDC devrait lui démarrer début 2009. L'ODM prévoit d'inaugurer une «Maison des Congolais de l'étranger et des migrants», où la population sera informée des risques de la migration illégale et des possibilités de migrer en Europe par la voie légale. Le concept a été élaboré avec l'aide de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), souligne Roman Cantieni.

Le cas de la RDC, traversée depuis plusieurs mois par de nouvelles violences, est délicat. «Sur le principe, je salue le fait que le gouvernement suisse apporte sa contribution aux tentatives faites pour prévenir les drames humains qui se déroulent sur les routes de la migration. Mais la meilleure campagne d'information sur les dangers de la «migration illégale» ne peut et ne doit pas poursuivre le but de dissuader les personnes fuyant guerres et persécutions de requérir la protection de la Suisse!» insiste Yann Golay, porte-parole de l'Organisation suisse d'aide aux réfugiés (OSAR). «Le fait qu'un pays comme la RDC fasse l'objet de telles campagnes de dissuasion paraît assez cynique: la RDC n'en finit pas de traverser une guerre civile extrêmement meurtrière, et une partie de sa population est victime de graves violations des droits humains», ajoute-t-il.

Pour Yann Golay, l'ODM et Eveline Widmer-Schlumpf «paraissent ne plus savoir où donner de la tête» lorsqu'ils initient de telles campagnes de dissuasion et proposent parallèlement de supprimer la possibilité de requérir l'asile auprès d'une représentation diplomatique suisse à l'étranger. «Car il s'agit d'une petite porte d'accès pour demander la protection contre des persécutions sans devoir risquer sa vie pour le faire.» Une manière de dire que ne plus accepter des demandes d'asile dans les ambassades pourrait inciter davantage d'Africains à tenter de rejoindre l'Europe en pirogue, voyage à l'issue souvent fatale.

400000 francs par an

L'ODM intervient par ailleurs aussi dans des pays d'Afrique du Nord qui se trouvent sur les routes de migration. Comme au Maroc, où elle agit avec différents partenaires. Il s'agit là d'améliorer les conditions de vie des migrants «bloqués» (les termes anglais de «stranded migrants» signifient «migrants échoués») et de les aider à rentrer chez eux. Ces personnes ont souvent fait une longue traversée du Sahara et arrivent à bout de forces dans un pays nord-africain où elles se retrouvent bloquées, sans protection juridique et sans être en mesure d'assurer leurs besoins vitaux en nourriture et en logement.

Le projet «Stranded migrants» au Maroc a été lancé en mars 2007 par l'OIM en partenariat avec les autorités marocaines et des associations locales, grâce à un financement suisse. Après un an, il a été prolongé d'une année. La deuxième phase est cofinancée par la Suisse et quatre autres pays européens. «Dans ce projet, l'ODM travaille étroitement avec la Direction du développement et de la coopération (DDC)», précise Roman Cantieni. Et les résultats sont là: de mars 2007 à octobre 2008, 193 migrants ont pu rentrer dans leur pays et bénéficier d'un soutien sur place. A partir de mars 2009, le programme marocain s'étendra à la Libye, où un programme similaire était jusqu'à présent financé par l'UE et l'Italie. L'aide de la Suisse viendra s'ajouter au soutien financier d'autres pays européens et de la Commission européenne.

Et ce n'est pas tout. L'ODM réfléchit actuellement à soutenir d'autres projets africains en 2009, conscient de la nécessité d'agir toujours plus à la source des flux migratoires. Pour 2008-2012, l'office dispose d'un budget de 400000 francs par an pour les projets de prévention contre la migration illégale.

Rien que sur les côtes italiennes, 23600 migrants sont arrivés par la mer entre janvier et septembre.