La directive européenne sur les produits du tabac entre en vigueur aujourd’hui. Parmi diverses mesures: 65% de la surface d’un paquet de cigarettes sera dorénavant recouverte par des messages de prévention. La France va même plus loin et instaure le paquet complètement neutre. En Suisse, c’est tout le contraire qui est en train d’arriver. La nouvelle loi sur les produits du tabac menace de sombrer à la première étape parlementaire.

L’an dernier, le conseiller fédéral Alain Berset a pourtant concocté une loi modérée, visant à prévenir contre les méfaits du tabagisme tout en préservant la liberté du commerce. Elle prévoit notamment d’interdire la vente aux moins de 18 ans ainsi que le sponsoring de manifestations internationales. Elle n’interdit pas totalement la publicité, qui reste tolérée dans les points de vente. Elle n’introduit pas non plus le paquet neutre et laisse la compétence au Conseil fédéral de modifier la forme et les indications sur les emballages.

Cette loi, nettement moins ambitieuse que la directive européenne, sera débattue lors de la session de juin au Conseil des Etats. Mais une majorité de la commission de la sécurité sociale et de la santé publique propose de renvoyer le paquet au Conseil fédéral. Les représentants des partis de droite estiment que la loi va trop loin et interfère avec les principes de l’économie de marché. Invité vendredi à Berne à un débat organisé par la Ligue pulmonaire suisse, Josef Dittli (PLR/UR) a expliqué qu’il ne valait même pas la peine de la corriger article par article, dans le sens voulu par la majorité. «L’exercice aurait été beaucoup trop complexe», juge-t-il.

Les milieux de la prévention et la gauche ne sont pas non plus entièrement satisfaits, mais pour des raisons inverses: ils trouvent la loi trop timide. Cependant, la proposition de renvoi les fâche encore plus. «Autant dire qu’il n’y aura jamais de loi», estime la conseillère nationale Marina Carobbio (PS/TI). Les différents lobbys actifs ces derniers mois ont-ils gagné?

Présents à Berne, deux représentants européens ont expliqué la pression exercée par le lobby du tabac lors de l’élaboration de la directive. «On nous a même sorti l’argument Schmidt», du nom de l’ancien chancelier allemand Helmut Schmidt, incorrigible fumeur, décédé à 96 ans. «Selon nos adversaires, on pouvait donc fumer et vivre longtemps», raconte Tonio Borg, ex-commissaire européen à la santé, qui a recensé la présence de 97 lobbyistes à Bruxelles au moment des discussions. Député européen, le Français Gilles Pargneaux estime pour sa part qu’il n’y a jamais eu un tel «déploiement». Et d’analyser la situation helvétique d’un œil critique: «J’ai l’impression que la Suisse est le paradis pour l’industrie du tabac».