Editorial

Sortir dela torpeur

Même si toutes ses conséquences ne sont pas encore claires, la brutale hausse du franc a déjà un mérite: elle fait sortir le monde politique suisse de sa torpeur, le force à imaginer les moyens de regagner les 20% de compétitivité perdus en un éclair la semaine dernière.

Soyons honnêtes: depuis 2011 et l’introduction du taux plancher, la Suisse, largement épargnée par la crise financière, s’est reposée sur ses lauriers. On ne compte plus les réformes enlisées ou abandonnées par manque de volonté politique. Révision de la loi sur les cartels, de l’assurance invalidité ou des retraites, aucun changement d’envergure ou presque ne s’est concrétisé depuis trois ans. Au contraire, la Suisse était persuadée d’être devenue trop compétitive – d’où le succès d’initiatives anti-croissance comme celle de l’UDC sur l’immigration.

La violente hausse du franc réduit à néant ce sentiment de confort. A droite, on voit se mettre en place les éléments d’un plan de relance de la compétitivité: baisse des impôts des entreprises, réduction de la charge réglementaire, réformes des assurances sociales dont les coûts dérapent. Des projets qui existent déjà mais avancent trop lentement – au rythme d’avant le franc fort.

Accélérer la cadence devient donc urgent. Mais il y a une embûche à éviter: la tentation d’accorder une kyrielle de cadeaux sans cohérence aux secteurs en difficulté, hôtellerie, agriculture ou autres. Leurs lobbies ont été prompts à s’activer. Ils ont d’autant plus de chances de s’imposer que le Conseil fédéral manque cruellement de vision sur la politique à suivre pour amortir le choc.

Définir des réformes efficaces et acceptables sera difficile. Le paysage politique suisse est fracturé comme jamais. Et le tassement conjoncturel qui s’annonce va aggraver des problèmes sous-jacents: finances publiques mal en point dans certaines villes et cantons, salariés âgés évincés du marché du travail, régulation de l’immigration pour laquelle aucune solution n’a été trouvée.

Pour passer la rampe dans ce contexte, un programme de réformes devra profiter aussi aux ménages et aux individus. Sans quoi le risque existe que la Suisse continue de faire du surplace.