Les Suisses n’ont pas l’esprit aventureux. En rejetant l’initiative «Sortir du nucléaire», ils expriment leur souci de devoir remplacer près de 15% de leur approvisionnement en électricité par du courant importé dès la fin de l’année prochaine. Ils expriment aussi leurs doutes sur la faisabilité d’un développement rapide des énergies renouvelables.

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Un oui aurait été un signe important pour amorcer avec conviction le tournant énergétique. Toutefois, rien ne permet d’interpréter le vote de ce dimanche comme un blanc-seing accordé à une énergie dont la fin se rapproche à grands pas dans de nombreux pays occidentaux.

Notre éditorial: Et si on relevait le défi de la sortie volontariste du nucléaire?

Prochain vote en mai 2017

Car la Suisse, comme d’autres, va sortir du nucléaire. La Stratégie énergétique 2050, sur laquelle on votera en mai 2017, prévoit elle aussi l’abandon progressif de cette ressource. Mais elle propose un calendrier de remplacement par des énergies vertes moins rapide que celui prévu par l’initiative. Elle dit en particulier qu’on ne construira plus aucune centrale atomique en Suisse. D’ailleurs, les trois grands barons de l’électricité, BKW, Axpo et Alpiq, ont retiré les demandes qu’ils avaient déposées avant Fukushima pour bâtir de nouveaux réacteurs en Suisse. Le vote de dimanche ne change donc rien à la donne.

Malgré tout, un score honorable

L’initiative des Verts enregistre malgré tout un score honorable. Plusieurs cantons historiquement urano-sceptiques, comme Genève, Vaud, Neuchâtel, le Jura et Bâle-Ville, l’ont soutenue. Il faudra en tenir compte pour la suite. Comme le sort de Mühleberg sera de toute manière réglé en 2019, les regards se tournent désormais vers la centrale de Beznau et son propriétaire Axpo.

La décision que doit rendre l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN), qui s’appuiera sur un panel d’experts internationaux pour la prendre, sera un jalon important sur le chemin de l’abandon du nucléaire. Un refus du redémarrage du réacteur I du site argovien serait ainsi un signe marquant, qui favoriserait le succès de la Stratégie énergétique 2050. Malgré les imperfections de ce vaste programme, ce succès sera incontournable si l’on ne veut pas se retrouver à la case départ.


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