Ecologie

En Suisse, toutes les générations défilent pour le climat

«On est plus chauds, plus chauds que le climat», «Et un et deux et trois degrés, c'est un crime contre l'humanité». Le mouvement ne s'essouffle pas. Partout, les participants ont dit leur inquiétude pour l'avenir et ont réclamé des mesures plus radicales

«On est plus chauds, plus chauds, plus chauds que le climat». Jeunes et adultes se sont à nouveau réunis dans toute la Suisse afin de manifester pour le climat. Les manifestants veulent que le réchauffement climatique soit reconnu comme une crise et que le gouvernement agisse en conséquence. Ils demandent notamment que la Suisse n'émette plus de gaz à effet de serre d'ici 2030, et cela sans introduire de technologies de compensation.

Lire aussi: Les lanceurs d'alerte du climat toujours plus nombreux dans le monde

Les étudiants, écoliers et apprentis n'avaient cette fois-ci plus besoin de sécher leurs cours, l'action se déroulant le samedi. La précédente manifestation avait mobilisé le vendredi 18 janvier 22'000 personnes dans toute la Suisse, dont 8000 rien qu'à Lausanne. Ce samedi, les participants ont encore dit leur inquiétude pour l'avenir. Le mouvement pour le climat ne s'essouffle pas. Lausanne a encore battu des records de mobilisation.

«Nous n'avons pas de planète B»

A Genève, jeunes et moins jeunes sont descendus dans la rue pour demander des actions contre la crise climatique qui menace. La mobilisation a été forte, malgré le ciel maussade. La police a dénombré environ 4000 manifestants.

Le défilé s'est déroulé dans le calme. Quelques pétards ont éclaté lorsque le cortège a traversé le pont du Mont-Blanc. Les sifflets ont retenti quand les manifestants sont passés devant le siège d'UBS et de Credit Suisse. Un mur d'une des grandes banques a été tagué, a précisé le porte-parole de la police genevoise Jean-Philippe Brandt.

Les jeunes, qui avaient appelé à la mobilisation, n'étaient pas tout seuls samedi. Des personnes plus âgées se sont jointes à eux, témoignant de leur soutien et faisant part de leur inquiétude. Un économiste de formation a relevé qu'aujourd'hui, les hommes sont allés beaucoup trop loin et qu'il faut donner un coup d'arrêt.

Les banderoles et les slogans évoquaient souvent une certaine angoisse du futur. «J'ai 4 ans, pensez à mon avenir sur la Terre» était écrit sur une chasuble blanche que portait un petit garçon. Sa mère, qui le tenait par la main, avertissait: «Nous n'avons pas de planète B, pensez-y !».

Les politiques présents

Quelques pancartes étaient brandies par «les grands-parents pour le climat». Des personnalités politiques étaient également présentes dans le cortège. L'ancienne présidente de la Confédération Ruth Dreifuss s'était ainsi glissée en toute discrétion parmi les manifestants.

Le défilé dans les rues de Genève a perturbé la circulation. Certains automobilistes, bloqués dans le trafic, n'ont pas hésité à faire part de leur mécontentement en klaxonnant, alors que les manifestants criaient en choeur «ici et maintenant, pour l'avenir de nos enfants».

Monstre cortège à Lausanne

Plus de 10'000 personnes ont défilé samedi dans les rues de la capitale vaudoise, selon un porte-parole de la police lausannoise, contacté par Keystone-ATS.

Initiative de la jeunesse, toutes les générations étaient représentées dans la foule. «La manifestation s'est déroulée dans une ambiance bon enfant avec beaucoup de familles, aucun incident n'est à déplorer», a précisé la police.

Le cortège est parti peu après 15h00 de la gare de Lausanne pour rallier la place de la Riponne. «Et un et deux et trois degrés, c'est un crime contre l'humanité», ou encore «Les petits pas ça suffit pas», ont notamment scandé les manifestants. Quant à la banderole de tête, elle arborait le slogan «Reconquérons notre futur».

A Berne, se tenant par l'épaule, environ 2000 personnes ont fait vibrer le Waisenhausplatz. A Lucerne, les 2000 participants ont scandé «Nous sommes ici, nous faisons du bruit parce que vous nous volez notre avenir».

A Bâle, un millier de manifestants commençaient à se rassembler. Et à Soleure, quelque 800 personnes. Même le Tessin était touché par la vague de grève pour la protection du climat. Un millier de personnes, jeunes et familles mélangés, se sont rassemblées à Bellinzone.

Cortège à Fribourg

Plus de 2500 jeunes fribourgeois ont manifesté une nouvelle fois samedi en faveur du climat. Ecoliers, apprentis, collégiens et étudiants, mais aussi des personnes de tout âge, se sont déplacés en cortège à travers Fribourg, arborant des calicots défendant la cause.

A l'instar du 18 janvier, à l'occasion de la grève pour le climat, où ils étaient entre 1500 et 2000, les jeunes du canton se sont rassemblés sur la place Georges-Python, emblématique de la ville de Fribourg. En dépit de conditions météorologiques moins favorables, ils ont commencé par écouter des discours thématisant des actions concrètes pour lutter contre le réchauffement climatique.

Rassemblement apolitique

«Le mouvement fribourgeois reste dans la ligne nationale et se revendique non partisan», a indiqué à Keystone-ATS Léo Tinguely, étudiant de première année à l'Université de Fribourg en sociologie et philosophie. «Même si tout soutien politique est le bienvenu», a précisé celui qui est aussi l'un des organisateurs des mobilisations.

«Il n'était donc pas prévu que des associations ou partis politiques prennent la parole en leur nom», a ajouté Léo Tinguely. Après les prises de parole, ouvertes à chacune et à chacun, la marche, avec un cortège, un peu plus long que le 18 janvier, s'est dirigée vers le boulevard de Pérolles, lieu non moins emblématique de Fribourg.

Ambiance conviviale

Les manifestants ont marché dans une ambiance bon enfant pour finir leur parcours au jardin du Domino, alors qu'ils avaient rejoint l'hôtel de ville il y a deux semaines. L'un des objectifs des organisateurs consistait à montrer aux politiques que «la grève du 18 n'était pas un évènement unique et que nous sommes toujours là», a expliqué encore Léo Tinguely.

«Le 18 janvier ne constituait pas un prétexte pour sécher les cours», ont relevé des participants. Ces derniers lancent un message en faveur de «solutions politiques plus globales, sachant que la responsabilité individuelle ne suffit plus eu égard au degré d'urgence».

Le but de la manifestation de samedi consistait également à viser plus large que lors de la grève étudiante. Ainsi, toute personne soucieuse de l'urgence climatique était invitée à manifester. De nombreuses familles ont participé au rassemblement à Fribourg ainsi que des adultes de tout âge.

Le mouvement fribourgeois étend son champ d'activité

La mobilisation en faveur du climat a pris une certaine profondeur en l'espace de quelques semaines. Les jeunes ont, par exemple, organisé des activités en marge de la manifestation de samedi dans les rues de Fribourg. «Les revendications restent principalement les mêmes, cependant, il existe une réelle volonté de lier les aspects macro et micro», poursuit Léo Tinguely.

«A cet effet, des petits stands ont pris place au jardin du Domino sur diverses thématiques», développe Léo Tinguely. Ils ont trait à la mobilité de demain, à l'objectif du zéro déchet, à la signature d'un livre d'or afin d'adresser un message personnel au monde politique, qui détient les leviers de l'action.

«Au-delà, le mouvement fribourgeois s'est complexifié», relève Léo Tinguely. «Il reste un noyau dur d'organisateurs, mais des groupes de travail ont vu le jour au sein du mouvement ainsi que directement au sein des établissements». Il cite l'initiative zéro déchet au collège St-Michel, la pétition contre les voyages d'études en avion et l'instauration d'une «clean walk» hebdomadaire.

Publicité