Loin de l’élève modèle qu’elle pense être, la Suisse se retrouve à un bien médiocre 14e rang dans le «baromètre de la démocratie». Ce classement de 30 pays démocratiques, effectué par des chercheurs de Zurich et de Berlin, est financé par le Fonds national. Les mieux classés sont le Danemark, la Finlande et la Belgique, tandis que la Pologne, l’Afrique du Sud et le Costa Rica sont en queue de liste.

Le Temps: Par quelle méthode parvient-on à un tel classement?

Marc Bühlmann: Nous ne sommes pas les premiers à mesurer la démocratie, mais nous avons beaucoup affiné les critères. Nous utilisons cent indicateurs pour évaluer les trois principes de liberté, d’égalité et de contrôle.

– Pourquoi la Suisse est-elle si mal classée?

– La Suisse a des points forts, comme des élections vraiment compétitives, une riche offre médiatique et associative, la capacité et la stabilité gouvernementales. Mais elle pèche au chapitre de la transparence. Le financement des partis est opaque et, jusqu’à très récemment, il n’y avait pas de loi sur l’accès à l’information. Par ailleurs, le contrôle mutuel entre les pouvoirs est limité. Le parlement ne peut pas destituer le gouvernement et celui-ci ne peut pas recourir à la motion de confiance. Enfin, l’ordre judiciaire est très dépendant du parlement.

– Mais la démocratie directe, quel rôle joue-t-elle dans ce classement?

– C’est bien sûr un plus. Mais elle demande en contrepartie des citoyens compétents et actifs. Or, la fonction de participation pour la Suisse est faible. Un cinquième de la population n’a pas le droit de vote et les taux de participation sont plutôt bas.

– La Belgique, un pays pourtant menacé dans son existence, est dans le trio de tête. Est-ce bien crédible?

– Nos mesures s’arrêtent à 2005. Depuis, il est clair que la capacité gouvernementale du pays est très faible. La Belgique a beaucoup de partis, un système ouvert, un fort taux d’organisation, et un bon contrôle entre ses différents pouvoirs. Le vote y est de plus obligatoire. C’est bon pour l’égalité, mais ça fait baisser du coup la note des libertés individuelles.

– Vous ne soupesez que la liberté et l’égalité. La fraternité serait-elle impossible à quantifier?

– Certainement pas. Mais nous avons décidé d’emblée de ne pas entrer dans une discussion trop politique. Vous remarquerez que les pays scandinaves se retrouvent dans le peloton de tête de notre baromètre, alors que celui-ci ne mesure pas du tout l’Etat social. Plus de démocratie entraîne-t-il plus de solidarité? C’est une question sur laquelle nous aimerions nous pencher plus tard.

– En publiant un hit-parade de la démocratie, ne cédez-vous pas à un effet de mode?

– Le classement sert à attirer l’attention. L’essentiel pour nous est de rendre visible le poids des trois principes de liberté, égalité et contrôle que nous avons mesurés, et si possible de faire grandir la démocratie.

www.democracybarometer.org