En ce début d’année, l’Union syndicale suisse (USS) a d’emblée affiché la couleur: «L’orientation toujours plus libérale de la politique sociale et économique de ces trente dernières années a entraîné une désolidarisation en Suisse», assène-t-elle. Pour contrer cette tendance, elle annonce une campagne salariale interbranche, de même que le lancement d’une initiative populaire pour le versement d’une 13e rente AVS. Mais les milieux économiques contestent la thèse de l’USS. «La réalité est tout autre», rétorque Marco Taddei, porte-parole de l’Union patronale suisse (UPS). «Il existe une tendance générale en Suisse à aller vers davantage de solidarité.»

A la tête de l’USS depuis huit mois maintenant, Pierre-Yves Maillard a brossé un sombre tableau du contexte international. Dans de nombreux pays européens, la colère gronde. «Les inégalités de revenus et de patrimoine se sont creusées très fortement au cours des trois dernières décennies. Parfois, même le travail ne protège plus de la pauvreté», a-t-il déploré. En Suisse, les syndicats ont évité le pire en engrangeant quelques succès dans leur lutte contre le dumping salarial. «Il n’en demeure pas moins que de très nombreux travailleurs qui bossent dur n’ont pas de vraies perspectives d’amélioration de leurs conditions de vie.»