Le Bureau suisse de coopération en Corée du Nord pourrait bientôt être renforcé par la venue d'un diplomate. Micheline Calmy-Rey nous l'a furtivement confié lors d'une récente interview (LT du 15.01.2005). Un tel renforcement n'a rien d'anodin: la Suisse jouit déjà d'une excellente réputation en Corée du Nord sur le plan de la coopération au développement, et la ministre des Affaires étrangères compte profiter de ce capital de sympathie pour marquer une présence politique plus forte dans le pays sous régime communiste. La démarche s'inscrit dans la tendance inverse de celle récemment appliquée par la ministre. Micheline Calmy-Rey tend plutôt à confier des tâches diplomatiques à des coopérants de la Direction du développement et de la coopération (DDC), comme c'est le cas à Madagascar et au Mozambique.

La Suisse tisse des liens très forts avec la Corée du Nord. En mai 2003, Micheline Calmy-Rey s'y est rendue et son passage à pied – avec ses baskets rouges à croix blanche – du 38e parallèle entre les deux Corées en guerre depuis 1953 reste dans les mémoires. Sa petite phrase maladroite prononcée juste après, également. «C'était un petit pas, mais j'espère que ce sera un grand pas pour la paix dans la région», avait-elle déclaré. Au-delà du symbole, cet acte démontre la volonté de la Suisse de jouer un nouveau rôle sur cette dernière frontière héritée de la Guerre froide. La conseillère fédérale avait d'ailleurs déclaré que la Suisse était prête à offrir ses bons offices, pour régler les tensions qui résultent notamment de la reprise par la Corée du Nord de son programme nucléaire. En 1997 et 1998, Genève a accueilli trois réunions quadripartites (Pyongyang, Séoul, Washington et Pékin) pour parvenir à un accord de paix et deux autres réunions ont eu lieu après le voyage de Micheline Calmy-Rey. La Suisse veille par ailleurs depuis 1953 à la ligne de démarcation par le biais de cinq officiers membres de la Commission pour la surveillance de l'armistice entre les deux Corées (NNSC). Depuis 1953, près de 800 militaires suisses se sont succédé pour la surveillance de la ligne de démarcation à Panmunjon. Mais c'est surtout la DDC qui fait la réputation de la Suisse en Corée du Nord. A tel point que des diplomates étrangers ont fait part de leur jalousie à la conseillère fédérale lors de son voyage. «Vous n'avez même pas de diplomates et la Suisse a meilleure réputation que nous!» lui avait glissé entre deux portes un ambassadeur d'un pays nordique.

Pas de calendrier précis

En 1995, la Suisse avait été le premier pays à répondre aux demandes d'aide d'urgence nord-coréennes, alors que le pays était en proie à une terrible famine. La Suisse a livré des tonnes de viande, de semences, d'habits et de matériel médical. Deux ans plus tard, en 1997, la DDC ouvre un bureau permanent à Pyongyang, toujours très actif. C'est dans ce bureau que devrait venir travailler un diplomate. Son mandat consistera surtout à «chercher à promouvoir le dialogue entre les deux Corées», glisse-t-on à Berne. Aucun calendrier précis concernant son départ n'est encore esquissé. Par contre Berne pourrait également songer à envoyer un diplomate au Népal, autre pays où la Suisse pourrait proposer ses bons offices pour entamer une médiation entre le gouvernement en place et les maoïstes.

Si Berne n'a encore aucun diplomate physiquement présent en Corée du Nord, l'ambassadeur en poste à Pékin représente actuellement aussi la Suisse en Mongolie et dans le pays de Kim Jong-il. Contrairement à la France qui n'entretient toujours pas de liens diplomatiques avec la Corée du Nord, la Suisse a de tels liens avec ce pays depuis 1974 déjà. Voilà qu'un pas de plus est sur le point d'être franchi.