La Suisse veut des quotas pour les migrants de la Méditerranée

Frontières L’Europe adopte un nouveau plan pour mieux gérer les flux migratoires

Simonetta Sommaruga appelle à partager le fardeau de l’Italie

La conseillère fédérale Simonetta Sommaruga a pris un ton plutôt conciliant vis-à-vis de l’Italie au sujet des migrants qui transitent par Rome, Milan, Naples ou Palerme et qui débarquent ensuite nombreux en Suisse. A l’issue de la réunion des ministres européens de l’Intérieur, à laquelle elle a été invitée jeudi au Luxembourg, elle a exprimé sa solidarité avec le gouvernement italien, qui «doit faire face à d’énormes flux migratoires. Nous avons un devoir de solidarité.»

La Suisse n’est pourtant pas satisfaite de son voisin du sud et l’a fait savoir. Dans une lettre de protestation envoyée mi-septembre, elle a attiré l’attention du Conseil européen sur le fait que les requérants d’asile et les migrants arrivant d’Italie ne sont ni identifiés, ni enregistrés, comme l’exige pourtant l’Accord de Dublin du premier pays d’accueil. Résultat: ce sont les services sociaux suisses, déjà surchargés, qui doivent s’en charger.

Berne n’est pas le seul à se plaindre. La France, l’Allemagne, la Pologne, l’Espagne et le Royaume-Uni ont également protesté et demandé à l’Union de fixer un cadre qui permette une meilleure maîtrise des flux migratoires. Paris, selon un diplomate, fait face au même problème que la Suisse à sa frontière avec l’Italie.

Une nouvelle fois, Simonetta Sommaruga a demandé à l’Italie d’assumer ses responsabilités. Elle a même offert une aide en personnel administratif pour aider à l’identification et à l’enregistrement des arrivants. «Tous les pays européens sont maintenant conscients du fardeau que doit porter l’Italie et ont proposé des soutiens pour l’aider à accomplir sa tâche», a-t-elle souligné.

La Suisse n’entend pas se dérober à sa responsabilité de pays d’accueil, et Berne serait même prêt à discuter d’une clé de répartition pour envoyer les réfugiés dans différents Etats liés par l’Accord de Dublin. «Nous faisons déjà beaucoup», a déclaré la conseillère fédérale. A ce sujet, le ministre allemand de l’Intérieur, Thomas de Maizière, a laissé entendre hier qu’il n’était pas opposé à un système de quotas.

«Nous avons donné des instructions à nos services pour qu’ils accomplissent leur tâche selon les ­règles, a expliqué un diplomate italien en guise de réponse à la lettre écrite par les cinq pays européens et par la Suisse. Mais nous devons néanmoins rappeler que les frontières italiennes sont également européennes. Or, au lieu d’une expression de solidarité, nous voyons un jeu de ping-pong.» Pour le ministre italien de l’Intérieur, Angelino Alfano, son pays a fait tout ce qu’il pouvait face à la pression migratoire, qui ne va pas baisser ces prochains temps. Il a aussi rappelé que de nombreux migrants refusent de coopérer avec les autorités.

C’est dans ce contexte que la présidence de l’UE – la coïncidence veut que l’Italie l’assume jusqu’en décembre 2014 – a présenté aux ministres de l’Intérieur un nouveau plan pour mieux gérer les flux migratoires en direction de l’Europe. Celui-ci concerne le passage par la Méditerranée, principale porte d’entrée: 165 000 personnes entre janvier et septembre de cette année, en nette hausse par rapport à 2013 (30 000 requérants) et 2012 (9000). «Le plan européen se veut aussi une réponse aux plus de 3000 naufragés en mer l’an dernier, y compris à Lampedusa à l’automne», a expliqué Angelino Alfano.

Concrètement, l’UE met en place une opération à durée indéterminée baptisée «Triton». Trois avions, cinq bateaux et du personnel couvriront la mer au sud-est de l’Italie et viendront, dès le 1er novembre, renforcer Frontex, qui assume déjà un rôle de surveillance de la Méditerranée. «Triton» remplacera graduellement l’opération de secours «Mare Nostrum», mise en place par l’Italie après la tragédie de Lampedusa. Autre mesure: une coopération accrue avec les pays tiers. L’Union entend ouvrir le dialogue avec les pays pourvoyeurs de migrants, à commencer par ceux de la corne de l’Afrique et plus particulièrement l’Erythrée, deuxième zone de provenance après la Syrie. Enfin, le plan prévoit un soutien à l’Italie dans la gestion des migrants.

«Le plan européen est aussi une réponse aux plus de 3000 naufragés en 2013, y compris à Lampedusa»