Les Allemands rêvent parfois de vivre dans une grande Suisse. Ils apprécient le calme, les paysages, l'environnement économique favorable et la cuisine du petit pays voisin. Lorsque, venant de Suisse, on cherche un appartement en Allemagne, il n'est ainsi pas rare d'entendre: «Pourquoi voulez-vous donc quitter un pays si agréable?» La Suisse a quelque chose d'un pays de Cocagne qui séduit les Allemands, étouffés par leur système.

C'est le côté face de la médaille. Il y a pourtant une autre image, celle qui est façonnée par les médias et qui accorde une large place aux «affaires». La Suisse devient ainsi le pays où transite l'argent sale, où sont ouverts des comptes louches. En cela, Luxembourg, Liechtenstein et Suisse sont logés à la même enseigne.

On note en fait une grande différence de perception entre les gens du sud et ceux du nord. Les premiers se sentent assez proches de la Suisse – alémanique s'entend – tandis que les gens du nord n'y sont absolument pas sensibles. Le chancelier Helmut Kohl, originaire du sud de l'Allemagne, affiche une vraie amitié pour la Suisse. Son successeur Gerhard Schröder, originaire de Hanovre, n'a pas cette fibre. La sympathie pour la Suisse de Joschka Fischer, le ministre des Affaires étrangères, compense un peu cette indifférence.

Souvent, les Allemands se montrent arrogants vis-à-vis de la petite Suisse et se moquent de l'accent rocailleux de leurs voisins germaniques.

Depuis la Seconde Guerre mondiale, les relations sont assez troublées. Les Allemands se sont plutôt réjouis de l'affaire des fonds juifs: enfin, pour une fois, l'opprobre ne retombe pas sur nous, se sont dit beaucoup d'entre eux. Erhard Eppler, ancien

dirigeant du Parti social-démocrate allemand (SPD) et qui a vécu une année et demie dans notre pays après la guerre, y voit une réaction à l'opinion vinaigrée des Suisses sur l'Allemagne depuis cette période. A l'époque, beaucoup de ceux qui étaient proches du régime nazi avaient retourné leur veste et ne se gênaient pas de cracher sur leurs voisins. «L'affaire des fonds juifs a donné ici à certains la satisfaction de constater que la Suisse n'avait pas été si éloignée que ça» de son grand voisin, explique Erhard Eppler.

Malgré les tensions entre les deux pays, les Allemands continuent d'être très ouverts aux intellectuels suisses. Ils apprécient les grands auteurs helvétiques autant que leurs écrivains nationaux. Plusieurs journalistes suisses occupent des postes de premier plan dans des publications de renom. Roger de Weck dirige ainsi le prestigieux hebdomadaire Die Zeit. De ce point de vue, les Allemands affichent une ouverture vis-à-vis de la Suisse comme aucun autre pays.