Deux rendez-vous permettront d’illustrer, ces prochains jours, le partenariat discret entre la Suisse et l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN).

Le 7 novembre, le chef de l’armée helvétique, le commandant de corps André Blattman, se rendra en Belgique pour visiter l’état-major de l’Alliance à Mons, puis son quartier général à Bruxelles. Suivra, deux semaines plus tard, un déplacement à Zurich du secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, le 22 avril, pour y prononcer le discours annuel à l’université, en mémoire de la fameuse intervention de Winston Churchill sur les «Etats-Unis» d’Europe, le 19 septembre 1946.

L’ancien premier ministre danois, dont le mandat vient d’être prolongé pour un an, jusqu’au 31 juillet 2014, se déplacera ensuite à Berne pour y rencontrer les conseillers fédéraux Didier Burkhalter et Ueli Maurer. L’occasion de faire le point sur les partenariats en cours et sur l’avenir de l’OTAN, dont l’imposant nouveau siège, face à l’actuel, est en cours de construction non loin de l’aéroport de Bruxelles-Zaventem.

La Suisse, partenaire pour la paix de l’OTAN comme vingt autres pays, est à la fois impliquée et mal à l’aise dans ce club de nations extérieures à l’Alliance, dont les intérêts sont si divergents. Quoi de commun entre une Confédération jalouse de sa neutralité, dont le ministre de la Défense UDC fait tout pour ne pas s’aventurer à l’étranger et ne pas donner l’impression de pactiser avec les grandes puissances, et la Géorgie pressée d’intégrer l’OTAN au point d’avoir déclenché en 2008 les foudres guerrières de la Russie, autre pays partenaire? Le vrai club au sein duquel la Suisse se sent le plus à l’aise est, dans ce partenariat, celui des pays neutres (Autriche, Finlande, Suède, Malte et Irlande), avec qui des initiatives sont régulièrement prises au niveau des ambassadeurs. Mais là encore, des différences d’appréciation importantes se sont installées, vu la neutralité de moins en moins intransigeante des pays nordiques. Lesquels ont, par exemple, appuyé l’intervention militaire de l’OTAN en Libye.

Que faire dès lors et pourquoi rester associé à cette Alliance? La première réponse, que répétera sans doute le chef de l’armée suisse lors de sa visite, est celle de la modernisation de la défense helvétique et de sa capacité à interagir, en cas de conflit, avec les forces armées des pays voisins qui, à l’évidence, ne sont plus des menaces. Impossible, en somme, d’assumer même une défense territoriale sans être alignés sur les standards, les pratiques et les schémas tactiques du géant OTAN qui enserre le territoire de la Confédération. Sans parler de l’appréciation et de la préparation aux nouveaux risques (terrorisme, cyberattaques, menaces balistiques) face auxquels l’OTAN s’efforce de développer des ripostes appropriées.

La seconde réponse, plus rare car elle se concentre pour l’heure sur un seul théâtre, est celui des opérations. Pour la Suisse, il s’agit du Kosovo où la Swisscoy, le détachement helvétique d’environ 400 soldats, est désormais un contingent significatif au sein d’une KFOR réduite à 6000 hommes, en provenance de trente pays. Preuve de l’engagement de la Confédération, la Suisse pilote désormais les détachements de liaison dans le nord du jeune Etat – zone de conflit avec la minorité serbe – chargés d’assurer le contact avec les autorités locales et d’établir autant que faire se peut un maillage de sécurité. Une seule opération donc au compteur, depuis le retrait symbolique, le 1er mars 2008, de la poignée d’officiers suisses déployés en Afghanistan au sein de l’ISAF, la force multinationale sous commandement de l’OTAN.

Troisième contribution helvétique: un apport diplomatico-militaire, via les deux centres dédiés aux questions de sécurité basés à Genève: le GCSP et le DCAF. Le second, spécialisé dans la formation démocratique des forces armées et qui dispose d’un bureau à Bruxelles (dans le même immeuble que l’ambassade du Liechtenstein), reçoit régulièrement des cadres en provenance des nouveaux pays membres de l’OTAN ou des pays partenaires.

Reste l’affichage politique et les nécessités industrielles. Le premier est faible, et les sentiments à ce sujet sont mitigés. La présence fort discrète au sommet de l’OTAN à Chicago de mai 2012 du chef du Département des affaires étrangères, invité avec les autres pays partenaires à un déjeuner fort protocolaires par les dirigeants des vingt-huit pays de l’Alliance, était juste faite pour la photo et les contacts bilatéraux. L’occasion a néanmoins permis de pousser l’initiative helvétique sur l’encadrement des sociétés militaires privées. Une prudence dont le Département de la défense, plus suisso-centriste que jamais, a plutôt tendance à se réjouir.

La coopération pour les programmes d’armement, essentielle au sein d’une OTAN dont les budgets nationaux de défense s’étiolent sous la pression de la crise, est quant à elle le sujet au fond le plus stratégique pour la Suisse, qui a conclu, par ailleurs, un accord avec l’Agence européenne de défense. Mais il faut pour cela «mettre en commun» des capacités et envisager de les développer ensemble. C’est, à bien des égards, le nerf de la guerre. Un terrain attrayant, mais miné, pour une Confédération plombée par une industrie nationale de défense en difficulté, mais toujours ligotée, comme on le voit avec les contrats des avions de chasse Gripen, par des considérations politiques et financières fort difficiles à gérer.