L'effet Metzler ne suffira pas à sauver le PDC. Les démocrates-chrétiens réunis samedi à Hergiswil (NW) en congrès le savent. Les sondages ne leur sont guère favorables et ils sont menacés d'être dépassés cet automne par l'UDC. Les démocrates-chrétiens entendent défendre leur ligne centriste et se profiler comme les meilleurs défenseurs d'un libéralisme social. Ils vont ainsi développer leur campagne électorale autour du thème: la sécurité en partage. Interview avec le président du groupe parlementaire PDC, le conseiller national genevois Jean-Philippe Maitre.

Le Temps: Vous reprenez la thématique de la sécurité que vous interprétez à votre manière. Estimez-vous donc que le thème de la sécurité est la principale préoccupation des Suisses?

Jean-Philippe Maitre: Nous ne prenons pas le thème de la sécurité comme celle que nous devons assurer contre un agresseur, contre la violence etc. Mais dans un sens beaucoup plus large. Les gens aujourd'hui sont déboussolés. Ils ont perdu un cap. Ils sont par conséquent la proie facile des poujadistes de droite et de gauche. Il faut les rassurer. Nous travaillons sur quatre thèmes: l'économie pour créer des emplois, la solidarité, l'ouverture et la protection des individus. L'UDC sème la peur pour utiliser le thème de l'insécurité. C'est son «aliment» électoral. L'UDC se contente de dénoncer. Nous nous faisons des propositions pour répondre à l'insécurité.

– Pour les élections fédérales, les sondages ne sont guère favorables au PDC. Avez-vous l'impression que votre parti joue son avenir cet automne?

– En Suisse romande, les derniers sondages sont bons pour notre parti. Raison de plus pour s'en méfier. Cela étant, ces élections sont extrêmement importantes. Elles vont indiquer si la Suisse veut tenter l'aventure de la bipolarisation. Imaginons par pure hypothèse que le pays soit gouverné par une coalition poujadiste UDC-socialiste parce que les partis du centre se seraient fait étriller. Le chaos serait programmé. Aucune solution constructive ne peut se dégager de cette coalition contre nature. C'est donc une élection fondamentale. Ce n'est pas tant le PDC qui joue son avenir que la Suisse.

– Le PDC ne paie-t-il pas son caractère interclassiste dans cette période de polarisation politique?

– Notre projet est plus difficile à expliquer. C'est un projet de synthèse. Nous sommes pour le dynamisme économique ET la responsabilité sociale. Du point de vue du dynamisme économique, les radicaux sont proches des démocrates-chrétiens, mais ils sont faibles en matière sociale. Les socialistes sont proches des démocrates-chrétiens du point de vue de la responsabilité sociale, mais ils sont faibles en matière de dynamisme économique. Nous sommes la seule formation qui assure la convergence entre ces deux pôles. Je suis persuadé que la population recherche cette synthèse. Elle en a assez des solutions à la Ebner qui visent le gain immédiat et se fichent des répercussions sociales et elle en a assez de ceux qui promettent la lune sur le plan social sans avoir les moyens de financer leurs promesses. Notre message est plus difficile à faire passer, mais il est porteur d'une attitude: être honnête avec les gens, ne pas jouer avec leurs difficultés, leur donner un espoir solide.

– Toute la vie politique tourne autour de Christoph Blocher. Sa dernière proposition sur le traitement des initiatives a soulevé une virulente réplique des radicaux. Mais les démocrates-chrétiens sont restés très silencieux. N'avez-vous rien à dire?

– Les radicaux se sont enfin bougés parce qu'ils avaient quelque chose à se faire pardonner. A Zurich, ils se font «gober» par l'UDC. Ils veulent corriger une image. Nous, nous avons toujours eu une position sans ambiguïté vis-à-vis de l'UDC. Nous sommes par exemple le seul parti qui est clair sur la question européenne. Nous pensons que l'UDC est dangereuse pour la Suisse, mais il ne faut pas la diaboliser. Il faut convaincre ses électeurs que les propositions de Blocher n'ont pas d'avenir et qu'elles vont à l'encontre des valeurs qu'il prétend défendre. L'UDC s'affiche patriote et prétend défendre les valeurs de la Suisse. Mais s'il y a une valeur fondamentale de ce pays, c'est bien le fédéralisme et notre capacité à vivre ensemble dans la diversité. Or, l'UDC prend carrément le risque de casser la Suisse en deux.

– La présence de l'UDC est à nouveau remise en question. Ce parti qui se pose en opposition systématique au Conseil fédéral peut-il rester au gouvernement?

– C'est une vraie question. L'UDC se profile comme une force d'opposition. Elle doit maintenant choisir. Mais paradoxalement, elle revendique un deuxième siège. C'est hors de propos. Ce parti essentiellement alémanique ne peut pas revendiquer un deuxième siège; c'est une question de cohésion du pays. Par ailleurs, il me paraît évident que le parlement n'élira pas quelqu'un de la tendance blochérienne. L'UDC doit choisir entre la confrontation et la coopération. Pour l'instant, il faut bien constater qu'elle privilégie la confrontation.

– Mais Adolf Ogi peut-il rester au Conseil fédéral alors qu'il ne représente plus son parti?

– Ogi a eu une attitude positive et ouverte. Il a sa place au Conseil fédéral. Pour le reste, c'est à l'UDC de trancher et de prendre ses responsabilités. Le problème n'est pas de savoir si Ogi a sa place au conseil fédéral, mais de savoir s'il a sa place à l'UDC. J'aurai personnellement de la peine à assumer une responsabilité gouvernementale en étant constamment minorisé et méprisé par mon parti. C'est à lui et à l'UDC d'en tirer les conséquences.

– Ne serait-il pas plus sain pour la démocratie helvétique d'avoir une coalition cohérente?

– Il faudrait d'abord se mettre d'accord sur un programme de gouvernement. Cela ne veut pas dire qu'il faut être d'accord sur tout. Mais si un parti est en désaccord sur de trop nombreux points essentiels, il doit avoir l'honnêteté de se retirer du Conseil fédéral. Cela rendrait la politique plus transparente. C'est une question d'honnêteté intellectuelle.

– Existe-t-il encore au centre droit de l'échiquier politique un espace suffisant pour deux partis?

– Oui bien sûr. Je ne suis pas favorable à une fusion des radicaux et des démocrates-chrétiens. D'abord parce que, dans ce cas, un plus un cela fait moins de deux. Nous perdrions une partie de notre électorat qui rejoindrait les socialistes ou l'UDC. Une fusion ferait leur jeu. Ensuite, une fusion ne peut pas s'imposer de haut en bas. Les situations cantonales sont trop différentes. En revanche, une plus grande collaboration me paraît nécessaire entre radicaux et démocrates-chrétiens. Si nous montrons ensemble la ligne à suivre pour le pays, nous serons plus crédibles. Deux partis qui fusionnent auraient un impact plus faible, deux partis qui coopèrent seraient plus forts dans la promotion des idées.