Le Petit-Bâle a perdu son indépendance depuis des siècles mais ne s'en est jamais remis. Enfin, pas entièrement. Une nouvelle fois ce jeudi, sa population se souviendra de l'annexion de sa commune libre par le Grand-Bâle, à la fin du XIVe siècle. Une fusion qui avait été favorisée par la construction du premier pont entre les deux parties de l'actuelle cité. La fête qui marque cette transformation urbaine, le «Vogel Gryff», témoigne encore d'une culture médiévale haute en couleurs.

A ses origines, la manifestation n'était, à vrai dire, pas très festive. Au XIVe siècle toujours, les diverses corporations du Petit-Bâle avaient créé trois sociétés d'honneur qui se signalaient chacune par une figure emblématique: le Lion, le Sauvage et le Griffon. Ces sociétés, après la construction du pont sur le Rhin, prirent l'habitude de se rassembler pour inspecter leurs membres astreints au service militaire. Une fois leur souveraineté communale perdue, la tradition fut conservée pour cultiver l'identité du Petit-Bâle. Mais la dimension militaire s'estompa, la cérémonie prenant un tour nettement plus échevelé jusqu'à devenir carnavalesque. Mais attention, les Petit-Bâlois insistent: leur «Vogel Gryff» n'a rien à voir avec le «Morgenstreich» de leur ville et son célèbre «Fastnacht».

Autrefois comme aujourd'hui, la fête commence tôt. Il y a longtemps, l'emblème de chaque société menait les membres soldats pour un défilé avec armes et drapeaux. Par la suite, les figures emblématiques ont pris la relève.

La manifestation débute le matin avec l'apparition des Ueli, les fous, en costumes de bouffons bigarrés. Munis de tirelires, ils quêtent en faveur des pauvres du quartier. Vers 11 heures c'est la rencontre tant attendue par la foule du Lion, du Sauvage et du Griffon. Ensemble, ils déambulent dans les rues du quartier et exécutent leurs danses traditionnelles au rythme des tambours. Consigne sine qua non: ne montrer que la partie postérieure de son individu au Grand-Bâle. «C'est une guerre immémoriale à laquelle se livre la population des deux rives», confie un authentique Petit-Bâlois. Le Grand-Bâle réplique à cet affront en présentant à ses voisins la figure du Lälle König qui leur tire une langue démesurée.

Le Lion, porte-bannière de la société d'honneur des paysans et vignerons, évoque le Feu; c'est la force, la puissance, le soleil et la lumière. Le Sauvage porte la Terre et l'Eau: il trempe un sapin dans toutes les fontaines qu'il rencontre et asperge la foule. Sa société est celle des pêcheurs, des chasseurs, et aussi des propriétaires terriens. Mi-oiseau, mi-lion, le Griffon (sur cette photo), qui a donné son nom à la fête, se voue à l'Air. Il rassemblait sous sa bannière les artisans qui travaillaient pour le cloître du Petit-Bâle. Chaque figure a sa chorégraphie particulière, à laquelle elle s'adonne toute la journée. Sur le coup de 22 heures, tout le monde converge pour la dernière danse vers le très ancestral Café Spitz, tout à côté du pont.

Vogel Gryff, le 20 janvier dès 8 heures, Petit-Bâle, Bâle (BS)