«Les frontaliers suisses se sentent de plus en plus discriminés», accuse Paolo Lupo, le président de Genevois sans frontière (GSF), association créée en 2015 par des démocrates-chrétiens genevois, qui a tenu jeudi soir une réunion publique à Saint-Julien-en-Genevois. Près de 40 000 Suisses résideraient en Haute-Savoie et dans l’Ain, soit 14% de la population genevoise. Paolo Lupo, qui se définit comme un exilé immobilier, juge que «le canton a marqué ces quatre dernières années une politique de rupture sans pareille avec des concitoyens qui travaillent à Genève mais ne peuvent plus y loger». Dans la perspective du scrutin cantonal du 15 avril prochain (Conseil d’Etat et Grand Conseil), GSF présente huit candidats «pour faire entendre la voix de ces Suisses qui sont devenus des citoyens de deuxième catégorie».

25 000 électeurs hors du canton

Parmi les 25 000 électeurs établis hors du canton, 20 000 habitent en France. Leur taux de participation aux élections et votations plafonne à 37%, soit 10 points de moins que les électeurs de Genève. Une raison supplémentaire pour tracter sur les marchés français et tenir des réunions publiques.

L’assistance de jeudi soir à l’Espace Jules Ferry était pour le moins clairsemée, ce qui n’a pas refroidi les orateurs, très remontés contre la maison mère genevoise. Au point de parfois sembler déraper. «A Genève, une personne en possession d’un permis L de réfugié a plus facilement accès au marché de l’emploi qu’un frontalier suisse», juge GSF. Propos outrancier? «Non, assume Paolo Lupo. C’est un constat de vérité. Après une période de 12 mois de chômage, le frontalier suisse n’a plus droit à un accompagnement dans sa recherche d’emploi. Il doit s’adresser à l’administration française. Il paie pourtant ses cotisations sociales à Genève. En fait, il est clairement reproché à ces Suisses d’avoir leur domicile en France.»

«Préférence régionale»

GSF ne s’oppose pas à une politique qui favorise les Genevois sur le marché du travail, mais à la notion de préférence cantonale l’association préfère celle de préférence régionale, qui englobe les Suisses de France voisine.

Teintée PDC, Genevois sans frontière accueille d’autres couleurs politiques comme le candidat vert genevois Denis Bucher, installé dans le Pays de Gex, et la candidate PLR Nathalie Hardyn, qui vit au pied du Salève. Le premier pense apporter beaucoup au parlement du fait de son vécu de frontalier qui doit faire face notamment aux problèmes de transport. La seconde s’est sentie «inadaptée» en arrivant en France mais s’est intégrée au fil du temps. «C’est davantage au Grand Conseil que l’on est stigmatisé. Dès lors que l’on parle de délinquance, de mobilité et d’école, le mot frontalier revient toujours dans les débats. Il y a un fort contexte populiste à Genève», relève-t-elle.

Le Suisse de France voisine passe pour un profiteur, un salaire à Genève, une villa avec piscine en Haute-Savoie, quelqu’un qui se cache, une sorte de caméléon

Paolo Lupo, président de Genevois sans frontière 

GSF estime que depuis le refus genevois le 13 mai 2014 de cofinancer les parkings P + R en France voisine, le climat s’est fortement dégradé dans le bassin. «En un week-end, des acquis ont été balayés et des peurs ancestrales sont réapparues, il faut s’en dédouaner», préconise Paolo Lupo. Les candidats de GSF comptent bien faire leur entrée au Grand Conseil pour que soit donné aux frontaliers suisses un vrai statut, «ce qui devrait les pousser à s’intéresser à nouveau à la chose publique et à aller voter».

L’idée d’une gouvernance transfrontalière fait son chemin. Paolo Lupo enchaîne: «Le Suisse de France voisine passe pour un profiteur, un salaire à Genève, une villa avec piscine en Haute-Savoie, quelqu’un qui se cache, une sorte de caméléon. C’est très réducteur. Le faux résident par exemple n’est pas le fraudeur que l’on dépeint, il paie des impôts et des charges sociales à Genève.»

Accès aux écoles genevoises

Invité à la table ronde, Antoine Vielliard, le maire de Saint-Julien, a regretté que le MCG, «mouvement qui ne réunit qu’un électeur sur sept à Genève», dicte l’agenda politique du canton. «Il nous faut être plus fermes et plus pédagogiques», lui a répondu Denis Bucher.

GSF se mobilise par ailleurs en ce moment contre la mesure prise par le Conseil d’Etat de limiter l’accès des élèves frontaliers aux écoles genevoises. Les jeunes Suisses sont aussi concernés. GSF parle là aussi de discrimination puisque les parents paient l’entier de leur impôt et leurs cotisations sociales dans le canton.