La détention administrative de personnes de «mauvaise vie» est une page sombre de l’histoire de la Suisse. Mercredi, le Conseil national l’a reconnu en acceptant de légiférer sur la réhabilitation des victimes de telles mesures. Il ne s’agit que d’un premier pas car la question d’une indemnisation se pose déjà.

Jusqu’au début des années 80, des milliers de Suisses ont été internés de force sans avoir commis d’infraction pénale. Des gens de «mauvaise vie», comme ils étaient qualifiés à l’époque, soit des marginaux sans travail, des mères céli­bataires, des personnes souffrant d’alcoolisme. Après les excuses officielles d’Eveline Widmer-Schlumpf et de Simonetta Sommaruga, le Conseil national a franchi un pas de plus. Cette loi reconnaît l’injustice des placements administratifs, prévoit une étude scientifique, assure l’accès aux archives ainsi que leur conservation. Par contre, elle exclut toute prétention à une indemnisation. «Il n’appartient pas à la Confédération d’indemniser des personnes ayant subi des décisions prises à l’échelon cantonal ou communal», a expliqué le PLR Andrea Caroni. La gauche aurait souhaité aborder cette question. Elle y a renoncé faute de majorité pour ce premier acte politique. Seule l’UDC a refusé la loi, estimant «que le mal était fait», selon le Bernois Andreas Aebi.

«Placements choquants»

Mais le débat n’est pas clos. «Ces placements ont eu et ont toujours des conséquences graves pour le développement personnel et professionnel des personnes concernées. Ils sont choquants et témoignent de l’incapacité de la société de l’époque à s’occuper des personnes dont le mode de vie différait de la norme», estime la conseillère nationale socialiste Ursula Schneider Schüttel, qui espère qu’une solution financière sera trouvée. La conseillère fédérale Simonetta Sommaruga veut également laisser cette porte ouverte. «Cette loi n’est pas un refus définitif d’aborder la question d’une indemnisation. Au contraire», a-t-elle dit. L’étude scientifique qui sera menée permettra d’établir les faits et d’aller plus loin sur cette base. Une table ronde regroupant différents interlocuteurs émettra également des recommandations d’ici à l’été 2014 et abordera très probablement l’aspect financier. Une initiative populaire pourrait également être lancée par les associations de défense des victimes.