Le conseiller aux Etats fribourgeois Urs Schwaller (PDC) était récemment l'hôte de l'Association des communes suisses. Dans un discours remarqué, il a insisté sur l'importance des collaborations entre les centres, les agglomérations et les régions rurales de notre pays. Une condition sine qua non, selon lui, pour maintenir la cohésion helvétique. Interview.

Le Temps: Quel était le sens de votre intervention à l'Assemblée des communes suisses?

Urs Schwaller: On entend beaucoup de critiques émanant des villes à l'encontre des régions périphériques. Certains estiment que l'on doit investir l'argent public dans les centres plutôt que de saupoudrer l'ensemble du pays. Ils oublient que nous ne pouvons pas nous permettre d'entretenir des tensions entre villes et régions périphériques. Ce sont deux partenaires qui ont besoin l'un de l'autre. Les zones rurales ont un rôle important à jouer, dans la production alimentaire de qualité, la mise à disposition de surfaces de détente, la prévention des catastrophes naturelles. Nous devons y maintenir un habitat décentralisé. Tout comme nous avons besoin des villes en tant que moteur de notre économie.

- N'a-t-on pas tendance, en Suisse, à accorder trop d'importance aux desiderata des zones rurales, alors que l'on est sourd aux problèmes des villes-centres?

- Attention à ne pas jouer davantage avec les clivages qui augmentent. Autrement, c'en est fait de la cohésion du pays. Les zones périphériques doivent garder une certaine attractivité. Personne ne souhaite voir des cantons comparables au musée en plein air du Ballenberg. Quant aux villes, elles n'ont aucun intérêt à ce que l'habitat se concentre. Cela engendre trop de problèmes (pollution, trafic, aide sociale, immigration). Il est faux de prétendre que rien ne se fait pour elles. Fonds d'infrastructure, financement des structures de formation et des institutions culturelles: la Confédération les aide énormément. Alors qu'elles n'en ont pas toujours besoin, s'appuyant sur une force économique élevée.

- Dans votre canton de Fribourg, la capitale, en proie à de grosses difficultés financières, a pourtant le sentiment d'être abandonnée...

- Il faut renforcer les collaborations. Changer les attitudes entre le chef-lieu et les communes qui l'entourent. Ces dernières doivent contribuer aux frais de certaines prestations fournies par la ville-centre. Mais, en contrepartie, elles doivent pouvoir participer à la prise de décisions. Le problème se situe souvent à ce niveau. A Fribourg, la mise en place d'une agglomération permettra au moins, par la forme d'un parlement, d'inclure les payeurs dans la prise de décisions.

- Les processus d'agglomération sont lents. Que faire pour les rendre plus performants?

- Améliorer le dialogue et, après, la volonté politique. Il faut mieux faire comprendre aux communes qui entourent les villes-centres qu'elles ont intérêt à disposer d'une agglomération forte. Pour leur attractivité, mais aussi dans l'idée de pouvoir être une concurrente remarquée des autres régions de Suisse.

- Quel est votre credo en matière de politique régionale?

- Les disparités économiques entre agglomérations et régions périphériques se creusent. Pour les compenser, il faut agir politiquement. Par des mesures comme l'arrêté Bonny. Ou en mettant à disposition des surfaces susceptibles d'accueillir des entreprises - le cas de Galmiz a démontré cette nécessité. Ensuite, nous avons aujourd'hui une mauvaise répartition des tâches entre Confédération et cantons. Il y a trop de tâches communes aux deux. Cela dilue les compétences et les responsabilités sur le plan financier. Je suis donc d'avis qu'il faut diminuer leur nombre, afin d'accroître le pouvoir décisionnel des cantons dans les domaines qui leur seraient confiés.

- Quelles tâches confier à la Confédération et a contrario aux cantons?

- Je n'ai pas la solution miracle. A l'instar de ce que nous faisons pour les routes nationales, pourquoi ne pas inclure la formation tertiaire et la médecine de pointe dans les compétences de la Confédération? En ce qui concerne les tâches confiées aux cantons, il faut qu'ils collaborent. A partir du moment où ils sont tous concernés, autant trouver une solution centralisée. Une loi fédérale vaut mieux qu'un concordat entre tous les cantons. Cela a l'avantage de mieux respecter les droits démocratiques (existence du référendum). Avec le concordat, vous ôtez aux parlements la possibilité d'intervenir.

- Votre vision des choses ne va-t-elle pas à l'encontre de la rentabilité économique?

- Non. Je ne veux simplement pas d'une Suisse où tout le monde résiderait autour de Zurich, Genève, Berne ou Bâle. Il est vital de maintenir un habitat décentralisé dans l'intérêt de ce pays. Que se passera-t-il si nous abandonnons les trois quarts de notre territoire? Nous concentrerons tous les problèmes sur une petite surface. Shanghai ou Hongkong ne sont pas des modèles pour moi. La richesse de la Suisse, c'est aussi que ses différentes régions soient entretenues, habitées, et qu'elles accueillent des activités économiques. Pour moi, c'est primordial.