Etat social

Les Suisses n'ont pas cru à l'aventure du revenu de base

L’initiative est rejetée à près de 77%. Les initiants restent persuadés que leur heure viendra

Les Suisses ont dit non au revenu de base inconditionnel (RBI) à quelque 77%. Le rejet est sévère, mais Ralph Kundig, président de BIEN-CH et l’un des principaux animateurs de la campagne en faveur du RBI en Suisse romande, juge le score «honorable».

Les partisans de l’initiative savaient que la victoire, avec une proposition qui aurait bouleversé le système et qui n’était soutenue que par un seul parti – les Verts –, n’avait aucune chance de remporter une majorité. Ils ne se battaient pas pour gagner, mais pour lancer un débat qu’ils continuent à juger plus nécessaire que jamais.

«Le sujet va revenir en force, car le revenu de base est une réponse aux changements en cours dans le monde du travail», est persuadé Ralph Kundig, qui n’est pas surpris outre mesure du résultat. «Il s’agissait d’une initiative citoyenne qui n’était portée à l’origine par aucun parti. Notre projet était par ailleurs totalement novateur et ne pouvait s’appuyer sur quasi aucun moyen».

«Idée loufoque»

Les partisans du RBI ne disposaient pas de moyens financiers pour faire campagne. Ils ont dû agir essentiellement par le canal des réseaux sociaux, où ils se sont montrés très actifs.

Pour Ralph Kundig, le non s’explique pour une part par la méconnaissance qui a persisté, selon lui, à entourer le revenu de base. Une partie des électeurs a eu de la peine à y voir autre chose qu’une «idée loufoque», et non un mécanisme cohérent de redistribution. Les oppositions idéologiques ont aussi joué contre le principe même d’un revenu acquis sans condition, sans contrepartie et sans travail. Les craintes de la gauche que le RBI soit le cheval de Troie de la droite ultralibérale pour détricoter l’Etat social auront fait le reste.

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Les partisans du RBI continueront à militer pour cette idée, assure Ralph Kundig, convaincu que l’évolution du travail, la fin du plein-emploi, et la nécessité de refonder l’Etat social après l’avènement de la révolution numérique appelleront un jour ou l’autre des révisions fondamentales.

Une nouvelle initiative, après l’échec sans appel de dimanche? Des interventions parlementaires? Ralph Kundig n’exclut rien, mais évoque, plus concrètement, des expériences pilotes locales telles que celle qui est actuellement proposée, mais non encore décidée, à Lausanne.

Pas la bonne réponse

Le décalage reste frappant entre le résultat sorti des urnes et l’ampleur du débat de société que les partisans du revenu de base ont réussi à susciter ces derniers mois. S’il faut reconnaître à l’initiative le mérite d’avoir su poser des questions que beaucoup s’accordent à juger pertinentes, le scrutin montre que les partisans n’ont pas su convaincre les Suisses qu’ils apportaient la bonne réponse.

A près de 80%, le non de dimanche pourrait avoir enterré définitivement le RBI, quels que soient les efforts pour le ramener ultérieurement dans le débat. Ce n’est pas Jean Christophe Schwaab qui le déplorera. Le syndicaliste et conseiller national PS vaudois s’est profilé très tôt comme l’un des adversaires de gauche les plus déterminés au revenu de base, un projet qui sape, pour lui, la revendication d’un droit à un travail décent pour tous. «Les initiants voulaient un vote de principe. C’est donc le principe même du RBI qui est nettement rejeté. Tant mieux», a-t-il publié sur son compte twitter.

A ses yeux, le RBI est enterré «pour longtemps». C’est dans d’autres directions qu’il faudra chercher la solution à des problèmes «qui demeurent», écrit l’élu sur son blog: réduction des inégalités, précarité au travail, conséquences néfastes de l’automatisation et de la numérisation de l’économie.

Rendez-vous en septembre

Parmi les remèdes envisagés: salaire minimum légal, extension des prestations complémentaires pour les familles sur le modèle vaudois, assurance perte de gain en cas de maladie généralisée, chasse aux faux indépendants, etc. Sans oublier l’augmentation des rentes vieillesse, comme le demande l’initiative «AVS Plus» soumise au vote du peuple en septembre.

Indiscutablement, les profondes incertitudes qui persistaient à propos du financement du RBI – susceptible de rétrograder la Suisse au rang des mauvais élèves en matière d’équilibre des finances publiques et de quote-part de l’Etat – ont pesé très lourd sur le résultat. Sans surprise, les citoyens n’ont pas voulu se prononcer sur un principe sans pouvoir en connaître avec plus de précision les conséquences financières.

«A elle seule, l’inconnue entourant le mode de financement de cette initiative aura incité bon nombre de citoyens à glisser un non dans l’urne», note ainsi l’Union patronale suisse. La faîtière se réjouit que le vote de dimanche permette d’échapper à une «expérience extravagante» qui aurait «finalement divisé» le pays. Et dit son attachement à un système social éprouvé et à un Etat qui encourage les citoyens à dépendre de leur propre activité et non de l’aide publique.

Pour le patronat, le vote de dimanche est un signal très clair en faveur d’un système social «rigoureusement ciblé sur les besoins» et à l’abri «de toute aventure financière».

Sur ce point précis, les Suisses ont montré qu’ils étaient sur la même longueur d’onde.


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