Moins d'enfants, moins de mariages, davantage de divorces: les tendances ne se sont pas inversées en 1998, elles se sont même amplifiées. Le nombre de naissances est passé à 78 300, soit 3% de moins qu'en 1997. Il s'agit de 40 100 garçons et de 38 200 filles, selon les chiffres publiés mardi par l'Office fédéral de la statistique (OFS). Actuellement, 100 femmes âgées de 15 à 49 ans mettent au monde en moyenne 146 enfants, contre 148 en 1997. Pour garantir le renouvellement des générations, la moyenne devrait être de 210 enfants pour 100 femmes. Elle n'est que de 128 enfants pour les mères de nationalité suisse.

Professeur de démographie à l'Université de Genève et directeur du Centre médico-social de la région sierroise, Hermann-Michel Hagmann relève que ces chiffres s'inscrivent dans une baisse séculaire de la natalité. «Le phénomène est en soi positif, dit-il. Il indique que les naissances sont mieux maîtrisées, que le processus de négociation entre hommes et femmes en vue de procréer est plus équilibré. C'est une conquête de la liberté humaine.» Mais le professeur estime aussi qu'une société ne peut pas vivre avec de constantes baisses de natalité: comment, avec 4 millions d'habitants, faire fonctionner des infrastructures, comment les payer, quand elles sont prévues pour une population de 7 millions d'habitants? pose-t-il en exemple. «La Suisse a besoin d'une reprise démographique, poursuit Hermann-Michel Hagmann. L'immigration – hors réfugiés – a eu un effet stabilisateur. Mais l'immigration se raréfie. La diminution des naissances renvoie notamment à l'absence de politique familiale en Suisse – voir le résultat négatif sur l'assurance maternité. La Suisse est le pays d'Europe qui, avec 1% du produit national brut, consacre le moins de moyens publics à la politique familial, la moyenne étant, ailleurs, de 2% du PNB.» Ce manque relatif de moyens explique en partie la marge qui sépare le taux de natalité en Suisse (1,5 enfant par femme) du désir théorique de chaque femme, qui est 2,2 enfants, ajoute le démographe.

La part des naissances hors mariage a été, elle, de 8,7% en 1998 contre 8,1% en 1997. Cette hausse est ininterrompue depuis le début des années 90. Hermann-Michel Hagmann note cependant que la Suisse est le pays d'Europe de l'Ouest et du Nord où le nombre de naissances hors mariage est le moins élevé. Le mariage est toutefois une institution de moins en moins prisée. En 1998, 38 500 couples ont officialisé leur union. Cela représente une baisse de près de 2% par rapport à 1997. En revanche, le nombre de remariages, en augmentation ces dernières années, est resté stable. Si la tendance se poursuit, 44% des hommes et 38% des femmes célibataires ne se marieront jamais.

Le nombre de divorces a de son côté continué d'augmenter. En 1998, 17 800 jugements en divorce ont été prononcés, soit plus de 4% ou 730 de plus qu'en 1997. Ainsi, 42 mariages sur 100 vont se terminer un jour par un divorce. Entre 1990 et 1998, le nombre de divorces a augmenté de 40% et rien ne laisse supposer que la progression va ralentir, selon l'OFS.

Le nombre de décès est resté stable en 1998. L'espérance de vie a encore légèrement augmenté. Une femme née en 1998 peut espérer vivre en moyenne jusqu'à 82,4 ans, un homme jusqu'à 76,4 ans.