«Au nom du président de la République et en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons chevalier de la Légion d'honneur.» Le cérémonial sanctionnera l'entrée de l'ethnologue Pierre Centlivres au sein de l'Ordre national de la Légion d'honneur en automne prochain.

Une décision de Jacques Chirac datée du 19 juin dernier a en effet nommé Pierre Centlivres Chevalier de la Légion d'honneur. L'ancien directeur de l'Institut d'ethnologie de l'Université de Neuchâtel s'est vu remettre cette distinction honorifique en reconnaissance de ses mérites professionnels. Pierre Centlivres avait notamment noué de nombreux liens avec la France à travers l'Agence universitaire de la francophonie, en assurant la direction de recherches à l'Ecole des hautes études en sciences sociales de Paris, ou encore en collaborant au conseil du patrimoine ethnologique du Ministère français de la culture. Cet éminent chercheur fut également conseiller au Musée national de Kaboul de 1964 à 1966 et compte parmi les meilleurs connaisseurs de ce pays d'Asie où il vécut de longues années avec son épouse.

«Croix des braves»

Cette Légion d'honneur, appelée aussi «Croix des braves», sera la huitième à être attribuée à un étranger pour l'année en cours. Ce sera surtout la septième à être décernée à une personnalité helvétique. Outre Pierre Centlivres figurent entre autres à ce palmarès suisse: au titre d'officier de la Légion d'honneur, Nicolas Hayek (fondateur de Swatch Group), et au titre de chevalier de la Légion d'honneur, Ernesto Bertarelli, patron d'Alinghi, Jean-Pierre Moulin (journaliste et écrivain) et Marc Bonnant (ancien bâtonnier à l'ordre des avocats de Genève).

La seule personnalité étrangère et non helvétique à s'être vu remettre la Légion d'honneur est Jay Edelstein, professeur américain au Département de biochimie de l'Université de Genève.

L'Ordre national de la Légion d'honneur est la plus élevée des distinctions françaises. Créé par un décret de Napoléon Bonaparte en date du 29 floréal de l'An X (19 mai 1802), l'Ordre national de la Légion d'honneur récompense aujourd'hui «Français et étrangers qui se sont acquis des mérites éminents au service de la nation soit à titre civil, soit sous les armes». L'originalité de cette distinction réside dans l'association au sein du même ordre de militaires et de civils. C'est notamment cette particularité qui permettra à la Légion d'honneur de traverser tous les régimes et de n'être jamais remise en cause. L'insigne proprement dit est une étoile à cinq rayons doubles, émaillée de blanc, surmontée d'une couronne de chêne et de laurier. Le centre de l'étoile présente un médaillon en or à l'effigie de la République, entourée d'un cercle bleu portant les inscriptions: «République Française» et «1870».

Dans le cas de la nomination d'étrangers à la Légion d'honneur, une procédure distincte est à suivre. Eddie Bouttera, premier secrétaire à la Chancellerie diplomatique française – à Berne – explique comment celle-ci se déroule: «Les différentes chancelleries de par le monde préparent des dossiers où des listes de personnalités pouvant prétendre à la Légion d'honneur sont avancées. Ces dossiers sont ensuite transmis au Ministère des affaires étrangères. C'est finalement le président de la République, grand maître de l'ordre, qui effectue les nominations sur proposition du ministre des Affaires étrangères».

Cette procédure n'explique cependant pas pourquoi une telle proportion de Suisses se voient décerner la Légion d'honneur. Pour Eddie Bouterra, «cela est dû au fait qu'il existe depuis longtemps une proximité géographique, culturelle et linguistique entre la France et La Suisse». La fraternité franco-suisse est décidément incontournable.