Ici, un couple de Lausannois s’apprête à rejoindre Villars ce week-end. Là, deux sœurs montent se confiner dans leur chalet à Verbier pour une plus longue durée. Les Suisses continuent à profiter de leur résidence secondaire en montagne, malgré la recommandation des autorités de rester chez soi. Irresponsable ou tolérable? En France aussi, beaucoup de Parisiens et autres citadins sont partis vivre dans leurs résidences en région en début de semaine, avant le confinement généralisé imposé mardi midi par les autorités. Dans ces territoires de désertification médicale, compte tenu de la population qui a afflué, les hôpitaux ne sont plus à la dimension des populations hébergées. Et l’exode pourrait y avancer le pic de l’épidémie.

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En Norvège, le gouvernement a, lui, interdit aux propriétaires de se rendre dans leurs résidences secondaires. La sanction? L'équivalent de mille deux cents francs suisses d’amende, et 10 jours de prison à quiconque s’y ferait prendre.

Les cantons ont perdu la main

Avant un possible confinement national qui serait décrété par le Conseil fédéral, les cantons disent «avoir perdu la main». «Chaque jour amène son lot de questions, j’appelle les Vaudois à se renseigner auprès de notre hot-line cantonale, répète Nuria Gorrite. Je demande à la population de se responsabiliser: le virus se déplace avec les personnes, c’est pourquoi nous demandons aux gens de rester chez eux.» La hot-line cantonale se base sur le décret cantonal et nous répond: «Pour l’instant, il n’y a pas d’interdiction d’aller à son chalet.»

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Même son de cloche auprès de Mauro Poggia à Genève, tiraillé entre la recommandation «de bon sens» de rester chez soi, et le manque d’interdiction formelle d’aller à son chalet. «Il faut que tout le monde joue le jeu et soit responsable vis-à-vis des personnes à risque et des infrastructures hospitalières.» La seule proscription de fait concerne le cas de Suisses détenant une résidence secondaire en France. La préfecture de Haute-Savoie est claire: «Les Genevois ne peuvent plus se rendre à leurs chalets en montagne française. Seuls les cas prévus à l’article 1er du décret du 16 mars 2020 relatif à l’épidémie de coronavirus permettent un déplacement dérogatoire, soit un motif professionnel, de santé, des achats de première nécessité, ou un motif familial impérieux.»

Crans-Montana accueille ses résidents

La station valaisanne de Crans-Montana accueille les gens venus de la plaine, pour autant qu’ils se confinent selon les recommandations sanitaires dans leurs chalets et leurs appartements. Bruno Huggler, directeur de Crans-Montana Tourisme, décrit la situation. «La station est très calme, seuls les magasins de première nécessité sont ouverts, on y respecte les mesures sanitaires de distance. Nous n’avons aucun souci d’approvisionnement des magasins d’alimentation et des pharmacies.» Le Valaisan ne fait pas de distinction entre les résidents à l’année et les personnes qui montent dans leur résidence secondaire. «Si leur comportement est respectueux des directives, qu’ils viennent en transports individuels pour le week-end, je ne vois pas de risque.»

«Il y a plus de monde cette semaine qu’après une fermeture normale des remontées mécaniques en avril»

David Melly, président de la commune d’Anniviers

De Verbier au val d’Anniviers, de nombreuses voitures aux plaques non valaisannes sont arrivées depuis le début de la semaine, beaucoup d’appartements sont occupés. David Melly, président de la commune d’Anniviers, l’annonçait sur Rhône FM jeudi soir: «C’est bien simple, il y a plus de monde cette semaine qu’après une fermeture normale des remontées mécaniques en avril.» La situation l’inquiète: «Le problème pour nous, concrètement, ce sont les randonnées. Les gens vont se balader alors que les secteurs ne sont plus assurés ni balisés par les remontées mécaniques. Désormais, celui qui fait de la randonnée à pied, en raquettes ou en peaux de phoque, le fait sous sa propre responsabilité.»

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