Le premier sondage réalisé auprès de la population depuis que la pandémie de Covid-19 a touché le pays laisse entrevoir des Suisses plutôt confiants envers ceux qui les gouvernent. La majorité (54%) des 30 460 personnes sondées en ligne entre le 21 mars et le 23 mars par l’institut Sotomo pour le compte de la SSR estiment que les mesures prises par le Conseil fédéral sont proportionnées. Elles sont toutefois 42% à souhaiter un renforcement des restrictions de mouvement et les différences régionales se confirment en la matière: les Romands se révèlent plus favorables à des directives plus sévères. Au Tessin, 60% des sondés estiment que les décisions du Conseil fédéral ont été trop tardives. Les seniors et les Alémaniques, eux, se montrent globalement satisfaits. Une petite minorité (4%) des sondés s’estiment trop entravés.

La majorité des plus de 65 ans font leurs courses eux-mêmes

C’est sans doute que les Suisses sont nombreux à continuer à exercer leur liberté de mouvement: la majorité de la population (85%) a quitté son domicile au cours de la semaine évaluée par le sondage, soit entre le 16 et le 22 mars. Dans 77% des cas, c’était pour faire des achats. Dans 40% des cas, pour aller au travail. Seconde raison la plus invoquée pour sortir de chez soi: bouger, que ce soit pour une promenade (47%) ou du sport (18%). Seulement 16% de la population s’est strictement confinée. Les Tessinois sont ceux qui respectent les appels à rester cloîtré de plus près. Et les personnes à risques? Un quart des personnes de plus de 65 ans se calfeutrent à la maison. Deux tiers d’entre elles font leurs courses elles-mêmes.

La population semble toutefois se conformer aux directives de distanciation: depuis la réduction massive de la vie sociale, avec la fermeture des bars, restaurants, coiffeurs ou des lieux d’entraînement sportif, la plupart des sondés (80%) n’ont eu de contact étroit qu’avec cinq personnes, au plus, hors de leur foyer.

Les 25-35 ans les plus touchés

La crise pèse sur le moral: alors que 50% des sondés affirmaient aller très bien avant l’arrivée du virus, ils ne sont plus que 30% dans cette situation aujourd’hui. Les plus touchés sont les 25-35 ans, soit la catégorie d’âge qui se trouve dans une phase «particulièrement exigeante» de leur parcours, soulignent les auteurs du sondage. Toutefois, seulement 5% des personnes interrogées disent aller très mal.

Les Suisses ne semblent pas avoir peur d’attraper le virus. Plus de 70% des personnes interrogées affirment n’avoir aucune crainte pour leur santé. Quant aux plus de 75 ans, ils ont beau appartenir à la catégorie «à risques», ils n’ont pas peur d’éventuelles complications en cas de maladie. Il faut préciser que la plupart des sondés (87%) ne connaissent pas de personne atteinte du virus. Seulement 2% d’entre eux ont été témoins d’un malade souffrant de complications dans leur entourage. En revanche, près de trois quarts des sondés s’attendent à ce que les établissements médicaux suisses soient bientôt aussi surchargés que les hôpitaux de Lombardie. En la matière, c’est au Tessin, région la plus touchée par l’épidémie, que les inquiétudes sont les plus élevées, mais aussi parmi les plus jeunes.

Plus de «paix et de détente» au quotidien

La population se préoccupe avant tout des conséquences économiques de l’épidémie: même s’ils ne sont que 15% à craindre de perdre leur travail, près de la moitié des sondés (45%) pensent que l’urgence sanitaire laissera place à une crise économique. Un tiers de la population fait état d’un ralentissement de son activité professionnelle et à peu près autant expérimente l’effet inverse. Ce sont les indépendants qui paient le plus lourd tribut aujourd’hui: 28% d’entre eux disent connaître une panne totale de leur activité et environ 40% ont vu leur activité se réduire.

Le ralentissement général de la société révèle aussi de bons côtés: un tiers des sondés affirment que la situation a amené «de la paix et de la détente» dans leur foyer, et ils sont autant à penser que le repli à domicile a renforcé leur famille et leur couple. Et même si 27% des sondés se sentent à l’étroit, ils ne sont que 13% à faire état de tensions et de conflits. Enfin, la plupart des Suisses pensent qu’ils pourront de nouveau se mouvoir librement dès le début de l’été, en juin 2020.