S'il fallait voter aujourd'hui, seuls 36% des Suisses accepteraient l'initiative contre «l'immigration de masse» de l'UDC, 47% diraient non, 17% se disent indécis. Le 9 février 2014, le texte passait la rampe avec 50,3% de oui. C'est un sondage de gfs.bern qui le dit, mandaté par l'association des entreprises pharmaceutiques suisses, Interpharma. L'institut présidé par le politologue Claude Longchamp a questionné 2500 personnes sur les relations entre l'UE et la Suisse. Plus de 80% des sondés se disent favorables à une coopération avec l'UE sur la base des accords bilatéraux existants.

«Dans le débat sur les relations de la Suisse à l'UE, les arguments économiques ont gagné du poids», écrit la «NZZ am Sonntag», qui relaie les résultats du sondage. Preuve que les Suisses ont une vision plus pragmatique du dossier, selon le dominical: une large majorité des personnes interrogées (60%) soutient l'extension de l’accord sur la libre circulation des personnes à la Croatie. Une mise en oeuvre souple de l'initiative est l'option qui obtient le plus de soutien, tandis qu'un tiers des sondés se disent favorables la résiliation des accords bilatéraux.

Secrets entre Berne et Bruxelles

Pendant ce temps, le cours des négociations entre la Suisse et l'UE échauffent les esprits à Berne. «Skandal!», titre la «Sonntagszeitung». L'objet du tapage? Le gouvernement aurait dissimulé «d'importantes informations» au parlement concernant les conditions posées par l'UE en lien avec la mise en oeuvre de l'initiative contre l'immigration de masse. Bruxelles exigerait de lier cet objet avec d'autre négociations, celles en vue d’un accord-cadre entre la Suisse et l’Union européenne (UE), affirme Kathy Riklin. Membre de la commission de politique extérieure, la conseillère nationale aurait été informée par le biais de son réseau européen.

L'UE serait prête à trouver une solution à la mise en oeuvre de l'immigration de masse uniquement si la Suisse accepte l'accord-cadre institutionnel, qui doit régler le mécanisme de reprise du droit européen. Un tel accord exige la reconnaissance d'instances judiciaires européennes chargées de superviser l’interprétation des règles et le règlement des différends, les «juges étrangers» tant décriés par l'UDC. Or, dans la perspective d'un nouveau vote, lier les deux questions semble voué à tout bloquer, redoute Kathy Riklin.

«Si ces information sont vraies, cela mettrait la politique étrangère de la Suisse avec l'UE sans dessus dessous», souligne le dominical. Le Conseil fédéral aurait volontairement laissé planer l'incertitude sur cette question, selon Kathy Riklin. En attendant, les négociations bilatérales sont gelées d’ici au 23 juin, date à laquelle les Britanniques décideront de leur maintien au sein de l’UE. 

Nouvelles salves contre l'initiative pour le service public

L'initiative «en faveur du service public», lancée par des magazines de consommateurs, continue de mobiliser ses opposants. La «Sonntagszeitung» accorde une longue interview au chef de l'entreprise Stadler Rail, fabricant thurgovien de matériel ferroviaire, l'UDC Peter Spuhler.

Il est question, entre-autre, de ce texte lancé par des magazines de consommateurs, et du salaire du CEO des CFF, Andreas Meyer, qui frôle le million. «On ne peut demander à quelqu'un de prendre la responsabilité de 33 000 collaborateurs et de ne recevoir qu'une fraction de ce que d'autres personnes aux positions similaires gagnent. Le management des CFF est hautement complexe». D'après le patron de Stadler Rail, une mise à niveau du salaire des top-manager aurait pour effet de niveler toute la structure salariale vers le bas. 

Ueli Maurer prend position contre l'initiative

Dans le «SonntagsBlick», Ueli Maurer dit à son tour tout le mal qu'il pense de ce texte, qui veut empêcher les entreprises liées à la Confédération de faire des bénéfices et limiter les salaires des hauts dirigeants. Que le patron de la Poste, des CFF et de Swisscom puissent gagner plus de deux fois plus qu'un conseiller fédéral ne le dérange pas, affirme le ministre des finances. «Je préfère engager un bon chef qui coût un million plutôt qu'un mauvais chef qui coût la moitié mais ne les vaut pas», dit-il. Ueli Maurer, enfin, agite la menace: «en créant un trou dans les caisses publiques, ce texte pourrait se retourner contre les Suisses. Nous devrions augmenter les impôts». 

L'initiative a beau être combattue par l'ensemble de la classe politique, elle plaît à la population, d'après les derniers sondages publiés fin avril. Réponse le 5 juin.