La différence entre vendredi et lundi est frappante. Alors que la semaine dernière, les pendulaires voyageaient pour l’imposante majorité d’entre eux sans masque, difficile d’en trouver un ce lundi matin qui jouerait le rebelle. Dans le métro lausannois, le M2 qui descend vers la gare, la rame est pleine et tous les passagers ont le nez et la bouche couverts. Tous sauf une. Malika est gymnasienne, elle rejoint une amie en ville et a «complètement oublié» cette nouvelle obligation. «Je n’ai pas de masque sur moi et le regard des gens me pèse, c’est très oppressant, comme si j’étais nue et que tout le monde me dévisageait.»

Trois heures de trajet masquée

Durant le court trajet à pied entre le métro et le train, la plupart des gens conservent le port du masque, même s’il n’est obligatoire que dans les transports publics. C’est un ballet de voyageurs pressés dont le visage est plaqué d’un rectangle blanc ou bleu qui anime le hall central de la gare. Marinette, 73 ans, part voir l’exposition d’Edward Hopper à la Fondation Beyeler de Bâle. Trois heures de transport l’attendent. «C’est très désagréable, il faut l’avouer, mais je fais partie des personnes à risque, paraît-il, et il faut bien se protéger. Avant le décret de cette obligation, je ne portais le masque dans les transports publics que si je ne pouvais pas garantir la distance de sécurité.»

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Vincent, 51 ans, est un homme d’affaires à mallette qui se rend à Zurich par le même train. «Je suis prêt à tout faire pour éviter une seconde vague de l’épidémie et un reconfinement. Le masque est une mesure de protection efficace, je comprends tout à fait son imposition dans les transports publics et les magasins. Je prends beaucoup le train et j’ai la chance de voyager en première classe. A certaines heures il n’y a pas un chat, je ne le portais donc pas automatiquement, ce sera différent maintenant.»

Très peu de signalétique

Mis à part une équipe de 20 minutes qui distribue des masques gratuitement sur le parvis de la gare, très peu de signalétique rappelle cette nouvelle mesure. Une simple icône apparaît sur l’application CFF: «Couverture de la bouche et du nez obligatoire». Le Conseil fédéral rappelle dans son ordonnance que les deux types de masques – d’hygiène ou en textile – sont autorisés, mais qu’il est déconseillé d’utiliser des masques fabriqués soi-même. Il précise aussi que «l’obligation du port du masque n’est pas remplie avec un foulard ou un tissu. Car un foulard n’offre pas de protection suffisante contre une infection et n’a qu’un effet limité de protection pour autrui.» Le personnel des CFF est invité à rappeler l’obligation de protection aux passagers et, en cas de refus, les prier de descendre à la station suivante mais il n’infligera aucune amende.

Un groupe de scouts de Prilly s’apprête à partir en camp aux Mosses, dans les Alpes vaudoises. Hugo a 20 ans, il accueille son équipe de 11 à 16 ans. «Vous pouvez déposer vos sacs contre le kiosque!» leur indique-t-il. «Nous sommes un groupe de 30, notre camp a été raccourci de quatorze à six jours, mais nous sommes déjà soulagés de pouvoir partir. Dans le train nous allons demander à tout le monde de porter le masque, c’est un peu embêtant, mais dès que nous serons arrivés, nous ne le remettrons plus. Sauf nous, les responsables, si on ne peut garantir un espace de 2 mètres, on nous demande de le porter.»

Des masques remboursés

Le coût de la protection exigée par le Conseil fédéral fait néanmoins grincer des dents. Le Parti du travail a exigé dans un communiqué la distribution gratuite des masques. Dans une lettre ouverte adressée à la Conférence des directrices et directeurs cantonaux des affaires sociales et à l'Office fédéral des affaires sociales (OFAS), Avenir50plus a demandé que les personnes à l'aide sociale ou bénéficiant des prestations complémentaires disposent d'une somme forfaitaire mensuelle pour acheter des masques. L'Etat de Vaud a communiqué avoir exceptionnellement distribué des masques gratuits à la population dans quelques points du canton lundi matin. 

Les entreprises de transports publics partagent leur satisfaction face à l'attitude respectueuse des passagers. «Nous constatons que la quasi-totalité des clients portent le masque dans les trains», relève Frédéric Revaz, porte parole des CFF. «Seuls quelques cas isolés d'usagers ne respectant pas l'ordonnance fédérale ont été recensés; notre personnel leur a rappelé l’obligation en vigueur dès aujourd’hui.» 

Le message est passé. Les voyageurs de Suisse sont désormais masqués, cela semblait difficile à croire mercredi au moment de l’annonce d’Alain Berset. Pas de contrôle ni de remise à l’ordre au moment de monter les marches du train, le regard réprobateur des passagers suffit à dissuader les rares récalcitrants.