Diplomatie

Suisse-UE: les 30 qui comptent

Ministres, diplomates, parlementaires, ils sont au cœur des négociations. Lobbyistes, journalistes, fonctionnaires, ils incarnent la voie bilatérale au quotidien

1. José Manuel Barroso, président de la Commission européenne Chargé de cours à l’Université de Genève dans les années 1980, l’ex-premier ministre portugais est l’interlocuteur communautaire en chef de la Suisse. Il plaide, depuis 2008, pour régler les questions institutionnelles avant de poursuivre les négociations sectorielles. Au moins trois de ses commissaires sont en contact régulier avec Berne: Günther Oettinger (énergie), Michel Barnier (services financiers) et Algirdas Semeta (fiscalité). 2. Didier Burkhalter, chef du Département des affaires étrangères C’est lui, désormais, qui pilote la stratégie européenne du Conseil fédéral. Même si tous ses collègues du gouvernement sont impliqués directement par leurs dossiers respectifs. En particulier la fiscalité avec Eveline Widmer-Schlumpf , l’énergie et les transports avec Doris Leuthard , l’asile et l’accord de Schengen avec Simonetta Sommaruga . Dès l’an prochain, le Bureau de l’intégration, centre de compétence et coordinateur des négociations avec Bruxelles, jusqu’ici service commun avec le Département de l’économie, sera entièrement sous sa responsabilité. Avec Didier Burkhalter, le Conseil fédéral maintient le cap de la voie bilatérale, tout en cherchant à éviter des organes de surveillance supranationaux. 3. Roberto Balzaretti, chef de la mission suisse Arrivé à Bruxelles au printemps 2012, ce très proche collaborateur de Micheline Calmy-Rey fit partie – comme stagiaire – de la délégation qui transmit, en 1992, la controversée demande d’adhésion à l’Union. Réputé à l’aise dans les rapports de force, ce juriste peut compter, au sein de son équipe, sur des diplomates chevronnés comme William Frei, chargé des relations avec le Parlement européen. 4. Jean Russotto et 5. Alexis Lautenberg L’avocat d’affaires installé à Bruxelles depuis 1972, et l’ancien chef de la mission suisse auprès de l’UE (1993-1999), forment l’influent tandem du cabinet d’avocats Steptoe & Johnson. Consultés sur les affaires bancaires et énergétiques, ils distillent une expertise prisée et ouvrent les portes grâce à leurs contacts communautaires. Au plus haut niveau. 6. Philippe Kenel, avocat fiscaliste Le président de la Chambre de commerce suisse en Belgique est un peu le monsieur «forfaits fiscaux». Apprécié des médias, partisan d’un passage négocié à l’échange automatique d’informations, il cherche à défendre la place financière genevoise. 7. Philip Lowe, directeur général «énergie» Cet eurocrate britannique de haute volée est secondé, pour les négociations avec la Suisse sur l’électricité, par son adjoint italien Fabrizio Barbaso . Tous deux sont un peu les perdants de 2012: désireux de conclure un accord qui intégrerait la Confédération au marché énergétique européen, ils sont bloqués par l’impasse institutionnelle. 8. Gianluca Grippa et 9. Michael Karnitschnig Le premier, Italien, s’occupe des relations avec la Suisse au Service européen d’action extérieure (SEAE), et préside souvent les comités mixtes des accords bilatéraux. C’est aussi lui qui a coordonné, après la lettre d’Eveline Widmer-Schlumpf du 15 juin, l’évaluation sévère de la Commission. Le second, Autrichien, est chargé du dossier Suisse au cabinet Barroso. 10. David O’Sullivan, directeur adjoint SEAE Cet Irlandais est un poids lourd de l’eurocratie. Ancien secrétaire général de la Commission, ex-DG Commerce, il en connaît tous les recoins et se plaît à piloter en partie le Service européen d’action extérieure (SEAE). C’est par lui que transitent aujourd’hui les messages «politiques». 11. Pascal Gentinetta, directeur d’economiesuisse Le patron des patrons reconnaît que le non du 6 décembre 1992 n’est pas resté sans conséquences. Le pays a subi de fortes pressions pour s’adapter aux normes et réglementations européennes. Aujourd’hui, sondages à l’appui, il ne jure que par le statu quo; il n’est pas question de revenir à un EEE affaibli. La Suisse peut se contenter des relations bilatérales et se tourner aussi vers d’autres continents pour faire des affaires. A Bruxelles, le représentant d’economiesuisse, François Baur, est hébergé dans les locaux de la fédération des entreprises Businesseurope. Ce juriste bâlois y veille à ce que le secteur privé helvétique soit représenté dans sa diversité. 12. Kathrin Naegeli, chargée de l’information au Bureau de l’intégration Correspondante à Bruxelles pour l’ATS jusqu’à fin octobre 2012, cette journaliste met désormais ses compétences au service de la diplomatie suisse, qui aura bientôt un porte-parole à Bruxelles en la personne de Raphaël Saborit. Avantage: son entregent auprès de ses anciens collègues bruxellois devrait l’aider à les persuader que «les choses avancent» entre Berne et Bruxelles. 13. Dusan Sidjanski, universitaire Ce disciple de Denis de Rougemont a noué, à l’Université de Genève, une amitié indéfectible avec son ancien étudiant José Manuel Barroso, dont il est, depuis 2004, le conseiller spécial. Très au fait de la situation en Grèce, cet intellectuel d’origine serbe reste un messager influent entre la Suisse et l’Union. 14. Philip Kermode, directeur Taxud Cet Irlandais spécialiste des questions fiscales est l’un des interlocuteurs de Michael Ambühl pour les négociations Rubik. Ancien de l’OLAF, l’Office anti-fraude de l’UE, il est l’un des meilleurs connaisseurs des différents systèmes d’imposition des Vingt-Sept. 15. Pia Ahrenkilde-Hansen, porte-parole de la Commission européenne Cette Danoise polyglotte dirige chaque jour ou presque les briefings de l’exécutif communautaire. Face à elle, sur l’aile gauche de la grande salle de presse du Berlaymont, le petit groupe de correspondants suisses l’assaille de questions si spécifiques qu’elle préfère, le plus souvent, y répondre en aparté. Idem pour Maja Kocijancic et Michael Mann, les deux porte-parole du SEAE. 16. Roland Krimm, représentant des cantons à Bruxelles L’ancien correspondant permanent du Temps auprès de l’UE connaît les soutes de la relation bilatérale, côté on comme côté off. Bien qu’intégré à la Mission Suisse, le représentant de la Conférence des gouvernements cantonaux garde son indépendance et le fait sentir, désireux que ceux-ci soient «pleinement associés». 17 Carl Baudenbacher, président de la Cour de justice de l’AELE Ce juriste et universitaire suisse, nommé par le Liechtenstein, se démène pour défendre l’Espace économique européen. Selon lui, l’EEE reste la bonne solution. 18. Yves Rossier, secrétaire d’Etat Ancien chef de l’Office des assurances sociales passé aux Affaires étrangères avec Didier Burkhalter, c’est lui qui met en œuvre la stratégie du Conseil fédéral. Il avait commencé sa carrière de fonctionnaire fédéral au Bureau de l’intégration. C’est un homme discret, encore difficile à saisir, mais on le dit opiniâtre. Il cherche à dédramatiser les relations avec l’UE en laissant entendre que la Suisse n’est pas pressée, et peut vivre sans trop de problèmes avec les 120 accords actuels. 19. Michael Ambühl, secrétaire d’Etat L’ancien secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères inaugure une nouvelle fonction, les questions financières internationales. Sa priorité, pour l’heure, est le règlement de la crise des banques avec les Etats-Unis, sans oublier les différends fiscaux avec les voisins européens et les accords Rubik de prélèvement à la source. Négociateur opiniâtre et acharné, qui avoue «chercher des solutions algébriques». Son prochain casse-tête, la fiscalité des entreprises, considérée par l’UE comme une distorsion de concurrence. 20. Henri Gétaz, chef du Bureau de l’intégration Brillant économiste formé à Saint-Gall et Lausanne, il a accompli toute sa carrière au Département de l’économie. Il a dirigé les négociations sur les services dans le cadre de l’OMC. Formé à l’école du secrétaire d’Etat Franz Blankart, dont il fut le collaborateur personnel. 21. Patrick Odier, président de l’ASB L’UE est au centre des préoccupations actuelles du banquier genevois. Il est sur tous les fronts lorsqu’il s’agit de défendre le secret bancaire. Partisan d’un accord type Rubik, le président de l’Association suisse des banquiers se félicite que trois pays l’ont déjà accepté. L’Allemagne récalcitrante reviendra à la raison. L’alternative, c’est-à-dire l’échange automatique d’informations, va dans le sens contraire de ce que le banquier souhaite par rapport à l’UE. 22.Richard Jones, ambassadeur de l’UE Ce Gallois venu en janvier de la représentation britannique auprès de l’UE n’a pas encore en mains les réseaux de son prédécesseur, ni en en tête les codes politiques suisses. Son adjoint Ulrich Trautmann est davantage redouté de l’administration fédérale. 23. Christa Markwalder, conseillère nationale Présidente du Nouveau mouvement européen suisse (NOMES), ancienne présidente de la Commission de politique étrangère, cette europhile, radicale bernoise, est devenue un cas rare dans son parti, désormais eurosceptique. 24. Oskar Freysinger, conseiller national Le disciple le plus indiscipliné de Christoph Blocher, vice-président de l’UDC, habitué des plateaux de TV pour son abattage médiatique et son style agressif. Le Valaisan a noué des liens avec la plupart des partis nationalistes européens. 25. Andreas Gross, conseiller national Président du groupe socialiste au Conseil de l’Europe, ce Zurichois est membre de la présidence du Parti socialiste européen. Influencé par Denis de Rougemont, c’est un partisan de la première heure de l’adhésion de la Suisse à une UE réformée, fédéraliste et bénéficiant d’une Constitution soumise à une double majorité peuple/Etats. 26. Kathy Riklin, conseillère nationale Membre de la Commission de politique extérieure et vice-présidente de la délégation pour les relations avec le Parlement européen, présidente de la délégation pour les relations avec le Bundestag. Européenne convaincue, cette élue PDC zurichoise est inquiète des effets de la clause de sauvegarde en matière de libre circulation, pour les relations de la Suisse avec ses voisins. 27. Christoph Blocher, conseiller national Le vainqueur du non à l’EEE reste plus que jamais le leader du mouvement antieuropéen en Suisse. Opposé à tout nouvel accord bilatéral avec l’UE, l’UDC zurichois dénonce un processus d’adhésion rampant. L’initiative contre la libre circulation reste son arme la plus lourde de menaces. 28. Andreas Schwab, député européen conservateur Cet élu allemand est à l’origine de la lettre adressée en septembre 2012 à José Manuel Barroso avec cinq collègues, pour exiger plus de fermeté vis-à-vis de Berne. Cosignataires: les Autrichiens Richard Seeber et Paul Rubig, l’Italienne Lara Comi, le Polonais Rafal Tzraskowski et le Français Michel Dantin. 29. René Schwok, professeur Titulaire d’une chaire Jean-Monnet à l’Institut européen de Genève, cet europhile, convaincu qu’une solution sera trouvée, est l’un des meilleurs connaisseurs de la politique européenne de la Suisse et des institutions de Bruxelles. 30. Daniel Thürer, professeur Professeur honoraire de droit ­international et européen à l’Université de Zurich, il est l’une des références scientifiques du Conseil fédéral. Il est, notamment, l’auteur d’un avis de droit sur les aspects institutionnels des relations de la Suisse avec l’UE.

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