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La fronde européenne pour affaiblir les mesures d’accompagnement inquiète le patronat: la Fédération des entreprises romandes (FER) et le Centre patronal ont envoyé une lettre à Johann Schneider-Ammann le 26 juin dernier.
© Thomas Hodel/KEYSTONE

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Suisse-UE: un patronat attaché à la protection des salaires

La Fédération des entreprises romandes, le Centre patronal et l’Association suisse du carrelage ont écrit à Johann Schneider-Ammann. Ils plaident pour le maintien des mesures d’accompagnement

Lors de sa séance de rentrée, le Conseil fédéral ne pourra pas s’empêcher de parler d’Europe, même s’il ne prendra aucune décision concrète. Dans la perspective de signer un accord institutionnel avec l’UE, le ministre de l’Economie, Johann Schneider-Ammann, a fait le forcing pour réunir les partenaires sociaux. Sans réussir la moindre percée. Sur le thème très sensible des mesures d’accompagnement, que l’UE juge «disproportionnées et discriminatoires», le patronat est presque sur la même ligne que les syndicats, ainsi que le montrent deux lettres d’associations faîtières.

Si les syndicats ont publiquement laissé éclater leur colère, le patronat s’est fait beaucoup plus discret. Mais le message adressé à Johann Schneider-Ammann n’en est pas moins assez clair.
Depuis quelques mois, l’UE exerce une énorme pression sur la Suisse pour qu’elle assouplisse ses mesures d’accompagnement liées à l’accord sur la libre circulation des personnes. Elle ne conteste pas seulement la procédure obligeant les entreprises européennes venant travailler en Suisse avec des travailleurs détachés à s’annoncer huit jours à l’avance, mais remet en question une demi-douzaine de points au total.

Lire notre éditorial: Cacophonie à la suisse

Propositions dangereuses

Cette fronde européenne pour affaiblir les mesures d’accompagnement inquiète aussi le patronat: la Fédération des entreprises romandes (FER) et le Centre patronal ont envoyé une lettre à Johann Schneider-Ammann le 26 juin dernier. Très diplomatiquement, ces deux associations romandes s’y étonnent des assouplissements envisagés: «Nos organisations se sont toujours engagées en faveur d’un marché du travail ouvert et libéral. Mais vos propositions sont de nature à mettre à mal la confiance des citoyens suisses et à fragiliser l’acceptation des accords bilatéraux dans notre pays.»
En participant à Genève au projet pionnier Inspection paritaire des entreprises, la FER connaît bien la réalité du terrain. Que le Département fédéral de l’économie n’ait pas jugé bon de la consulter l’irrite. «Il faut écouter ceux qui sont dans la pratique, pas ceux qui font de grandes théories», déplore Blaise Matthey, son directeur général.

Celui-ci est formel: «Les mesures d’accompagnement ne constituent pas du protectionnisme. Nous n’avons jamais empêché qui que ce soit de venir travailler en Suisse.» Les deux organisations romandes n’ont pas non plus apprécié que Johann Schneider-Ammann ait déclaré que «les moyens électroniques permettent aujourd’hui de traiter en huit secondes des demandes qui nécessitaient auparavant huit jours». Pour la FER et le Centre patronal, qui rappellent que l’électronique existait déjà lors de l’introduction de la règle, «ce délai de huit jours est important pour vérifier le respect des règles».

Cela dit, ce thème ne provoque pas de Röstigraben au sein des associations patronales. Le 24 juillet dernier, Johann Schneider-Ammann a reçu une autre missive, émanant cette fois de l’Association suisse du carrelage, dont la conclusion est encore plus tranchée: «Les mesures d’accompagnement ne sont pas négociables.»

Lire aussi: Faute d’accord, la quête désespérée d’un plan B avec l’Europe

«Conséquences fatales»

L’association des carreleurs ne cache pas ses craintes: l’UE veut que la Suisse abandonne ses mesures d’accompagnement et qu’elle reprenne sa propre directive sur les travailleurs détachés. «Les conséquences seraient fatales pour nos salaires, adaptés à un coût de la vie beaucoup plus élevé qu’en Europe», s’alarme son secrétaire général, Andreas Furgler. Selon la CCT suisse, un carreleur ayant réussi son CFC touche 13 fois 5175 francs, contre 1000 à 1500 euros dans certains pays européens. «Une telle différence de salaire incite parfois certaines entreprises européennes de l’Est, qui ont d’abord respecté les conditions suisses, à demander à leurs employés une rétrocession d’une partie du salaire à leur retour chez eux», lance Andreas Furgler.

Directeur de l’Union suisse des arts et métiers (USAM), Hans-Ulrich Bigler veut rester serein. «Nous pouvons discuter de tout avec l’UE, mais notre position de principe est claire: nous ne voulons ni renforcer ni affaiblir les mesures d’accompagnement», souligne-t-il. Il laisse ainsi la porte ouverte à des adaptations techniques, soit à une réduction du délai d’annonce de huit jours. «Mais la qualité comme la quantité des contrôles ne doivent pas baisser», précise-t-il.

S’il écoute ses partenaires sociaux, le Conseil fédéral n’aura que d’infimes concessions à offrir lors de ses ultimes rondes de négociation avec l’UE.

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