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Le chef des Affaires étrangères Didier Burkhalter, qui démissionnera en automne tenait l'une de ses dernières conférences de presse.
© Keystone/Peter Schneider

Editorial

Suisse-UE: une nouvelle ère

Après plus de vingt ans de lutte pour raccrocher la Suisse à l’Europe, il s’agit désormais de se battre pour sauver une voie bilatérale si statique qu’elle s’étiole inexorablement

Le positif d’abord: Didier Burkhalter a fait preuve d’un certain courage en affrontant les médias à la suite de la deuxième discussion que le Conseil fédéral consacrait en huit jours au dossier européen. Il n’avait pourtant pas grand-chose à dire. Mais le ministre neuchâtelois, qui a surpris tout son monde en démissionnant au 31 octobre prochain, a tenu à répondre aux nombreuses questions qu’on se pose, même s’il n’a pas vraiment convaincu.

Le négatif, ensuite. Le Conseil fédéral, une fois de plus, joue la montre. Notamment sur la question de l’accord institutionnel que l’UE lui réclame depuis neuf ans désormais. Certes, il n’arrête pas l’exercice, ce que lui enjoint de faire l’UDC. Mais il temporise, il botte en touche. Alors que Didier Burkhalter déclarait voici quinze mois que les négociateurs helvétiques «avaient gravi 95% de la montagne», le gouvernement fait savoir aujourd’hui qu’il reste encore «plusieurs domaines importants» à négocier. Visiblement, on est encore loin du but, et il y a fort à parier que la Suisse ne signera pas cet accord institutionnel avec l’UE avant les élections fédérales de 2019.

Lire aussi: Le Conseil fédéral serre le frein à main sur le dossier européen

C’est donc un Didier Burkhalter désécurisé qui a dévoilé la nouvelle feuille de route du Conseil fédéral. Il a assurément été ébranlé lors de la dernière séance de la Commission de politique extérieure du Conseil national le 10 avril. Il lui avait présenté sa solution pour régler les différends par une cour d’arbitrage internationale de trois juges, dont un nommé par la Suisse.

Que l’UDC eurosceptique lui lance, alors, à la figure qu’un accord qui prévoit des «sanctions» contre la Suisse est «indigne», rien de plus logique. Mais qu’un membre de son propre parti, le PLR, estime qu’un tel accord pourrait causer des «dommages irréparables» à la Suisse, c’en était trop. Ce d’autant plus que le PS, le plus «européen» des partis suisses avec les Vert’libéraux, s’est inquiété dans la foulée du sort que réserverait l’UE aux mesures d’accompagnement prises par la Suisse dans le dossier de la libre circulation des personnes.

Pour la Suisse, on sent qu’une nouvelle ère s’ouvre en cette année 2017 dans le dossier européen. Durant plus de vingt ans, ses négociateurs se sont battus – avec beaucoup de succès – pour raccrocher le wagon suisse au train européen, lui donnant ainsi largement accès à un grand marché de 500 millions d’habitants.

Désormais, ils doivent se battre pour que le wagon helvétique n’en soit pas décroché, soit pour sauver une voie bilatérale si statique qu’elle s’étiole inexorablement. L’offensive a fait place à la défensive à outrance. A force de manquer de vision et de courage par peur de perdre une votation face à l’UDC, le Conseil fédéral risque l’autogoal.

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