C'est un référendum en trompe- l'œil. En façade, la gauche ne veut pas entendre parler de la surélévation d'immeubles dans le canton de Genève. Trop coûteuse, peu esthétique, pas assez codifiée. Mais en coulisses, même les opposants les plus virulents admettent que la surélévation votée par la droite tombe sous le sens (voir encadré). Et hier, le référendum à peine déposé, ils annonçaient le début des négociations.

Une affaire mal emmanchée

Toutes couleurs politiques confondues, le constat est similaire: à Genève, la pénurie de logements est si grave que chaque solution, aussi infime soit-elle, doit être considérée. Alors comment les opposants, qui ont récolté 12300 signatures, en sont-ils arrivés là?

Pour la députée écologiste Michèle Künzler, «c'est d'abord l'histoire d'une affaire mal emmanchée». Les Verts, pourtant réputés pour leur pragmatisme, se sont battus aux côtés de l'extrême gauche et des socialistes contre la nouvelle loi. Contribuant à réactiver le clivage idéologique droite-gauche à l'origine de tant de blocages à Genève. «Ce n'est pas ce que souhaitaient les Verts. Mais la loi de la droite est vraiment mal formulée», dit-elle. Et surtout, précise l'élue, le ministre socialiste Laurent Moutinot, en charge du dossier à l'époque, n'a pas proposé les amendements nécessaires.

D'autres élus pointent du doigt la maladresse des partisans de la surélévation. Vice-président de l'Asloca, qui s'oppose aussi à la loi, le socialiste Alberto Velasco exprime un regret: «Il y aurait eu matière à s'entendre. Mais la droite a été malhabile. Elle aurait dû négocier le texte avec les syndicats et les locataires avant de le présenter au parlement.»

Au cœur des critiques formulées par les référendaires, il y a d'abord le coût. «Les frais de la surélévation seront reportés sur les loyers des locataires en place», affirme Laurence Fehlmann Rielle, présidente du PS. Si elle admet que toutes les catégories sociales souffrent de la pénurie, la députée ne veut pas que l'on construise «des logements qui ne profiteront qu'aux revenus élevés».

Le diable dans les détails

Autre crainte, émise notamment par la Société d'art public, la surélévation d'immeubles risque de défigurer la ville. De son côté, la Verte Michèle Künzler souligne que Genève est la ville la plus dense de Suisse. Et prévient: «A Genève, on a beaucoup étudié l'urbanisme, on a mis des bâtiments à l'inventaire, mais on a très peu classé. Donc tout est potentiellement surélevable!»

Pour le reste, la myriade d'arguments des référendaires relèvent essentiellement d'éléments techniques. Comme le constate l'architecte radical Hugues Hiltpold, à l'origine du projet: «Ne dit-on pas que le diable se cache dans les détails?»

Et les détails ne se mettront pas en travers de la route des partisans de la surélévation, glisse le radical. Car pour l'heure, la lutte remportée par les référendaires a laissé la question du logement sur le carreau. Et de cela, aucun politicien ne veut être responsable. La Verte Michèle Künzler admet ainsi que «finalement, cette discussion est idiote, car sur le fond, nous sommes tous à peu près d'accord. La loi actuelle peut être améliorée.» De son côté, Alberto Velasco affirme que «les élus de droite sont prêts à négocier». Même le syndicaliste Rémy Pagani clame sa volonté de trouver un compromis. Selon lui, le Conseil d'Etat pourrait décider de retarder la date de la votation populaire, pour laisser le temps aux parties de trouver une solution.

En tout cas, les négociations sont en cours. Sous les auspices du ministre des Constructions lui-même. Car le libéral Mark Muller «regrette» un référendum «que l'on aurait pu s'épargner». Le conseiller d'Etat assure que la loi votée ne permettra pas de réaliser des surélévations d'immeubles à tout bout de champ.

La législature à peine débutée, Mark Muller veut surtout éviter le retour des blocages idéologiques. D'autant plus que le ministre a constaté que les positions des uns et des autres ne sont pas si éloignées. «J'ai initié un processus de concertation pour résoudre les problèmes techniques posés par les référendaires. Ceci pour maintenir un climat serein sur la question du logement. Il serait dommage de tout briser à coup de votation sanglante.»