Malika El-Aroud et Moezeddine Garsallaoui ne méritaient pas la confiance placée en eux par la justice suisse. Confronté à cette évidence, le Tribunal pénal fédéral a révoqué le sursis total ou partiel accordé en 2007 à ce couple ici condamné pour avoir soutenu le terrorisme islamiste à travers des sites de propagande animés depuis son domicile fribourgeois. De fait, ce duo de «cyberdjihadistes» a récidivé, au point de passer du statut de militant à celui de membre dirigeant d’une organisation criminelle aux yeux d’un tribunal belge. De quoi réviser le pronostic plus ou moins favorable posé en son temps par les juges de Bellinzone.

Dans un arrêt rendu public ce mercredi, la Cour des affaires pénales précise qu’elle s’est auto-saisie du cas de Malika El-Aroud afin de déterminer si la peine de 6 mois avec sursis infligée pour avoir soutenu l’imagerie sanglante et la propagande d’Al-Qaida devait être réévaluée à la lumière des nouveaux ennuis judiciaires rencontrés par celle qui se faisait appeler Oum Obeyda sur la Toile.

Ressortissante belge d’origine marocaine, cette fondamentaliste convaincue, veuve d’un des assassins du commandant Massoud, remariée coraniquement à Moez Garsallaoui en 2003, a été condamnée à 8 ans de prison à Bruxelles, à une amende de 5000 euros, à une interdiction de droits durant dix ans ainsi qu’aux paiements à des fonds d’aide aux victimes de violences. Elle a été reconnue coupable d’avoir, entre janvier 2007 et décembre 2008, dans le Royaume, en Turquie, en Iran et au Pakistan, participé à une activité terroriste en tant que membre dirigeant, et d’avoir notamment incité de jeunes Bruxellois radicalisés à partir se battre contre les Occidentaux en Afghanistan. Cette décision désormais définitive jette une lumière crue sur l’espoir d’une prise de conscience évoqué à l’époque par le Tribunal pénal fédéral, lorsque celui-ci a décidé de donner une chance à cette accusée intégralement voilée pour la détourner de commettre de nouvelles infractions et la convaincre de maintenir son activité militante dans les limites de la légalité.

Aujourd’hui, la Cour en est persuadée: «Le sursis n’a eu aucun effet dissuasif.» Malika El-Aroud «n’a tiré aucune leçon positive de sa condamnation et il est fortement à craindre qu’elle commettra, dans le futur, de nouvelles infractions». Face à un pronostic si défavorable, le juge a estimé n’avoir d’autre choix que de révoquer ce sursis. Une décision dont la portée reste assez symbolique puisque la principale intéressée, âgée de 52 ans, va encore passer de longues années en prison en Belgique.

Le TPF a fait le même exercice et est parvenu à la même conclusion pour Moez Garsallaoui. Ce ressortissant tunisien, qui avait obtenu l’asile et un permis C avant de quitter la Suisse le jour où le Tribunal pénal fédéral le condamnait à 24 mois de prison, dont 6 ferme, est actuellement recherché. En Belgique, il a aussi été condamné à 8 ans de prison lors du même procès, mais par contumace. L’homme avait déjà pris la direction de la frontière afghano-pakistanaise et des zones tribales transformées en refuges pour cadres d’Al-Qaida. En 2010, le rapport des services de renseignement de la Confédération publiait une photo de lui en tenue de combattant, un lance-roquettes sur l’épaule.

Là encore, la Cour de Bellinzone, dans un arrêt bien plus discret de mars 2011, a relevé que Moez Garsallaoui, Alkairouani de son surnom d’internaute, 43 ans aujourd’hui, n’a pas bénéficié de l’effet d’avertissement escompté, puisqu’il a pris la poudre d’escampette avant de purger les 6 mois qui devaient lui servir de leçon. Dans son cas, le premier jugement de 2007 soulignait déjà que l’homme avait agi «avec une conviction politique et religieuse pétrie d’extrémisme et dépourvue du moindre repentir».

Cette absence de remords, venant de celui qui se servait d’images de mise à mort d’otages, de massacres de civils, de personnes défigurées, de messages de haine et de modes d’emploi pour amateurs de bombes en tout genre, permettait assurément de craindre une récidive. Mais la Cour avait tout de même fini par lui accorder une confiance partielle. Cette confiance a été largement trahie et il devra purger l’entier de sa peine de 24 mois (plus les 8 ans en Belgique) si les autorités suisses parviennent un jour à lui mettre la main dessus. Rien n’est moins sûr.

Arrêt SK.2011.2 du 20 octobre 2011 et Arrêt SK.2010.22 du 9 mars 2011