Des manquements répétés des services de renseignement qui engendrent un malaise sur la sécurité du pays, voilà la raison invoquée lundi par la Délégation des commissions de gestion (DélCDG) du parlement pour un entretien mise au point avec la délégation de sécurité du Conseil fédéral. Contredisant de bout en bout les propos rassurants prononcés voici trois semaines par Christoph Blocher au sujet de l'affaire Achraf, les parlementaires chargés de la surveillance des services secrets leur dressent une longue liste de reproches. Qui convergent sur un point central: leur incapacité chronique et «inacceptable» à travailler ensemble.

Pour la présidente de la DélCDG, la conseillère aux Etats radicale lucernoise Helen Leumann, la répétition des affaires, tout au long de l'année, avec pour paroxysme les dangereux cafouillages autour de l'islamiste Mohamed Achraf, rendait nécessaire une rencontre avec les trois conseillers fédéraux chargés de superviser la sécurité du pays – Samuel Schmid, patron du Département de la défense, qui dirige cette délégation du gouvernement, Micheline Calmy-Rey, ministre des Affaires étrangères, et Christoph Blocher, chef de Justice et Police. Dans le communiqué qu'elle a lu devant la presse, Helen Leumann a précisé que la coopération entre les diverses instances chargées de la sécurité de la Suisse (Délégation de sécurité du Conseil fédéral, Organe de direction pour la sécurité, coordinateur des renseignements, Service d'analyse et de prévention (SAP), Police criminelle fédérale, Service de renseignement stratégique ainsi que les représentations diplomatiques suisses à l'étranger) ne répond pas aux attentes de la DélCDG. Et ce pour deux raisons: un manque de conduite claire, et un travail déficient au quotidien.

Les parlementaires de la DélCDG ont fait remarquer aux trois conseillers fédéraux que les rôles des organes de direction doivent être clarifiés, et que celui du coordinateur des renseignements Jacques Pitteloud, étrangement tenu à l'écart de l'affaire Achraf, doit être renforcé, afin qu'une réaction plus rapide soit possible en cas de besoin. Le communiqué ajoute que c'est aux trois membres de la délégation du Conseil fédéral qu'il appartient de mieux préciser ce qu'ils veulent, afin que le travail des services de renseignement puisse être évalué. Ceux-ci doivent de surcroît absolument améliorer la mise en œuvre des ordres de la délégation gouvernementale.

Deuxième remarque, la DélCDG a trop souvent constaté que l'échange d'informations au quotidien entre services de renseignement est lacunaire, voire inexistant. Il n'est «pas acceptable» que plusieurs services entreprennent des tâches similaires sans communiquer entre eux. La DélCDG n'a «aucune compréhension» pour des services concurrents, un concept qui dans la pratique n'apporte rien à la sécurité du pays, si ce n'est un gaspillage des ressources. Il faut introduire dans les divers services secrets une culture de la collaboration qui n'existe pas, la faute à «la personnalité de certains responsables» – lisez Urs von Däniken, le chef du SAP, et Valentin Roschacher, le procureur général de la Confédération. De source bien informée, Le Temps a appris que la DélCDG a ordonné à Christoph Blocher d'exiger de ces deux fortes têtes qu'elles acceptent enfin de travailler ensemble.

Parce que la délégation du Conseil fédéral l'a suivie sur de nombreux points, parce qu'elle laisse au DFJP un peu de temps pour répondre en détail aux questions encore ouvertes posées par l'affaire Achraf, et parce qu'elle attend pour fin décembre, lors d'une nouvelle rencontre avec Samuel Schmid, les propositions du Conseil fédéral pour améliorer le fonctionnement des services secrets, la Délégation des commissions de gestion ne pousse pas plus avant ses recherches, pour le moment. Mais elle suivra «de très près et avec un œil critique» le processus de réforme, qui doit impérativement respecter le calendrier fixé.