Valais

Pour survivre, la Fondation Pierre Arnaud tente de susciter le débat

Un mois après avoir annoncé la fin de ses activités, le centre d’art Pierre Arnaud inaugure une nouvelle exposition. En réduisant ses coûts et en questionnant l’islam, il espère assurer son avenir

Dans une petite pièce, les tirages lenticulaires de l’artiste Cécile Plaisance interpellent le visiteur. Selon l’angle sous lequel on les observe, ces images superposées transforment une femme couverte d’une burqa en Barbie légèrement vêtue. Pour la muséographe Ingrid Comina, «ces œuvres dénoncent un double enfermement de la femme, dans les sociétés musulmanes et occidentales». Ce mardi, à Lens, le centre d’art Pierre Arnaud présente sa nouvelle exposition. Elle a failli ne jamais avoir lieu.

Le 7 avril dernier, quatre ans après une inauguration fastueuse, la fondation suspendait ses activités en annonçant un déficit prévisionnel de près de 850 000 francs. Trois semaines plus tard, elle décidait de poursuivre l’aventure en réduisant ses coûts. Elle licenciait neuf collaborateurs, parmi lesquels Christophe Flubacher, directeur scientifique et membre du conseil de fondation. Employée depuis moins d’un mois, Anne Bucher devenait directrice du centre d’art: «Il y avait tellement de travail que je n’ai pas eu le temps de douter.»

Ouverte au public dès le 16 juin, l’exposition Visages de l’Orient incarne une nouvelle stratégie imposée par la situation. Le rez-de-chaussée valorise des artistes contemporains. Le premier étage présente des images populaires musulmanes, achetées dans les bazars de Kaboul, Téhéran ou Damas par les ethnologues Pierre et Micheline Centlivres. Peu gourmande en assurances, cette exposition coûte surtout moins chère que les précédentes. En suscitant un débat sur l’islam, elle espère aussi élargir la clientèle du centre d’art.

Déficitaire dès le début

Pour le président du conseil de fondation, Daniel Salzmann, «nous avons vraisemblablement péché par enthousiasme». Le mécène prend une pause: «Malgré tout, je ne regrette rien.» A l’origine, il s’agissait de transformer une vétuste menuiserie en halle d’exposition. En 2013, c’est un somptueux bâtiment devisé à 17 millions de francs qui germe au bord du lac du Louché. Quand elle organise sa première exposition, plutôt élitiste, l’institution avance un budget de 4 millions de francs. Daniel Salzmann et son équipe ont sans doute vu trop grand.

Le centre d’art souffre de son isolement géographique. Pendant trois ans, les pertes s’accumulent et la fréquentation régresse. Avec 47 000 visiteurs, 2014 s’achève sur un déficit d’exploitation de 2 millions de francs. En 2016, l’institution n’accueille plus que 28 000 badauds et perd 1 million de francs. Engagé dans de multiples activités sur le Haut-Plateau, le mécène avoue volontiers ses erreurs: «Au départ, je n’ai pas posé de limites et j’ai mis le projet en danger en dépensant de manière déraisonnable.»

Si je devais tout recommencer, j’installerais le festival et la fondation dans des pôles urbains

Daniel Salzmann, président du conseil de fondation

En avril 2016, peu après une première restructuration de la Fondation Pierre Arnaud, Daniel Salzmann se désengageait du Caprices Festival. Après douze ans de mécénat, l’événement musical de Crans-Montana a lui aussi été réorienté et redimensionné. Les têtes d’affiche ont laissé place à la musique électronique et aux DJ, à la fois moins coûteux et capables d’attirer plus de gens dans la station. L’intéressé analyse deux situations comparables: «Si je devais tout recommencer, j’installerais le festival et la fondation dans des pôles urbains.»

Lire aussi: Le mécène de Crans-Montana

Désormais, le centre d’art Pierre Arnaud fonctionnera avec un budget de 1,8 million de francs. A la suite de ses mesures d’économies, il devrait finalement perdre 500 000 francs en 2017. Il espère limiter son déficit à 50 000 francs l’an prochain. L’institution accueillera des spectacles, des concerts et des conférences. Elle n’exclut pas de commercialiser des œuvres. Pour le mécène, «l’avenir est assuré». A l’origine d’une stratégie fondée sur l’événementiel, Anne Bucher sourit: «Ce lieu a une âme, il ne peut pas mourir.»

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