Genève

Suspecté d’irrégularités, un laboratoire des HUG aurait détruit des preuves

Echantillons supprimés et tentative d'effacement de données informatiques: les faits ont été dénoncés au Ministère public

Un nouveau volet, vraisemblablement pénal, s’ouvre dans l’affaire du laboratoire d’isolement et de transplantation cellulaire (LITC) des Hôpitaux universitaires genevois (HUG). Des investigations plus approfondies – un second audit interne – ont révélé que le laboratoire avait détruit la semaine dernière des échantillons pancréatiques et tenté d’effacer des données informatiques. Sur ce point, sans succès puisque les systèmes de sauvegarde de l’Université de Genève (UNIGE) ont permis de les conserver, font savoir vendredi les HUG et l’UNIGE dans un communiqué conjoint. L’enquête révèle encore des faits «potentiellement répréhensibles» concernant «l’utilisation d’un petit nombre d’échantillons pancréatiques à des fins de recherche clinique entre 2008 et 2013».

Faits dénoncés au Ministère public

Connus cette semaine, ces faits ont été dénoncés jeudi au Ministère public. «A lui de décider de la gravité de ces agissements et de leur éventuel caractère pénal», déclare Nicolas de Saussure. Le porte-parole de l’hôpital universitaire rappelle que «l’activité clinique de transplantation n’est pas mise en cause et se poursuit normalement». Par ailleurs, l’enquête confirmerait aussi les conclusions du précédent audit, qui ne constatait aucune gestion déloyale des intérêts publics ni enrichissement personnel.

Fondé en 1992 par le professeur Philippe Morel, le LITC s’occupe de recherche et de transplantation des cellules pancréatiques nommées «îlots de Langerhans», producteurs d’insuline et susceptibles d’être transplantés à des patients diabétiques ou en insuffisance rénale.

Un problème éthique révélé

Le laboratoire dirigé aujourd’hui par le professeur Thierry Berney avait d’abord fait l’objet d’un audit financier et administratif qui avait relevé par la suite un problème éthique au sein de la structure. En lieu et place d’être jetés, des îlots avaient été utilisés à des fins de recherche, et ce, sans le consentement des donneurs. Une absence d'assentiment qui avait alerté la Fondation nationale pour le don et la transplantation d’organes, Swisstransplant. Une pratique paraissant «admissible sur le plan juridique» par les HUG qui ont néanmoins requis un avis complémentaire de la commission cantonale d’éthique.

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Dans son édition du 20 novembre, le «Matin Dimanche» faisait état des conclusions du premier audit indiquant que «ni l’aspect légal, ni l’aspect éthique, ni l’aspect de gestion administrative et financière» n’avaient «fait l’objet, sur la période 2007-2016, d’une gestion suffisamment professionnelle basée sur la clarté, la transparence et la traçabilité.» Le journal dominical rappelait que les trois professeurs concernés réfutaient les accusations qui leur étaient faites, certains d’entre eux affirmant ne «pas avoir été mis au courant».

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