Le grand suspense de ce dimanche tourne autour de la loi sur le CO2. Dans un premier temps, cet objet semblait bénéficier d’un large soutien politique et populaire. Au niveau des partis, seule l’UDC y était opposée. Depuis le dernier sondage gfs.bern réalisé pour le compte de la SSR – publié le 2 juin –, les partisans de ce texte sont de plus en plus inquiets. Certes, 54% des personnes interrogées se déclaraient encore favorables à cette loi, mais c’est six points de moins que lors du précédent coup de sonde, datant du 7 mai. L’argument, qui ne cesse de convaincre, est celui des coûts supplémentaires pour le citoyen en cas de oui. La pandémie et les difficultés économiques qui en découlent jouent également un rôle clé en cette fin de campagne. Les Vert·e·s ont d’ailleurs tenté de mobiliser ces derniers jours pour inverser la tendance négative et rappeler l’urgence climatique.

Si cette loi est rejetée, les règlements de compte politiques vont débuter très vite. Des reproches se font déjà entendre à l’égard du PLR surtout et du Centre, qui ne se seraient pas assez engagés. Des écologistes reprochent aussi un engagement trop timide de la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga. Elle aurait été beaucoup plus discrète que le président de la Confédération, Guy Parmelin, qui, lui, s’est rendu à de nombreuses reprises dans des fermes ou des entreprises pour s’opposer catégoriquement aux deux initiatives phytosanitaires.

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Initiatives anti-pesticides, peu de chances

Ces deux initiatives sont en perte de vitesse. Lors du dernier sondage de la SSR, l’initiative pour l’interdiction des pesticides de synthèse n’obtenait que 47% de oui, tandis que celle «Pour une eau potable propre» n’avait plus que 44% de soutien. Là encore, les scores ont fortement évolué: il y a quelques mois, ces deux textes avaient la faveur de la cote. L’un des principaux arguments qui font pencher la balance en faveur du non, c’est la crainte des conséquences économiques pour l’agriculture. Le rejet de ces deux textes est quasiment acquis, étant donné que pour une initiative la double majorité est nécessaire. Désormais, les initiants revoient leurs ambitions et espèrent simplement obtenir la majorité du peuple, comme pour l’initiative sur les entreprises responsables.

Ces deux objets ont en tout cas cristallisé les esprits et engendré des débordements inacceptables: chars brûlés ou conseillère aux Etats menacée. Après la bagarre, ce sera l’heure de la réconciliation. Elle sera longue. Entre la ville et la campagne, mais aussi au sein du monde paysan.

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Loi contre le terrorisme: peu de débat

Karin Keller-Sutter devrait, elle, retrouver dimanche le sourire de la victoire. Lors des dernières votations fédérales, le 7 mars, la Saint-Galloise avait perdu un scrutin, pour la première fois depuis qu’elle est conseillère fédérale. C’était l’initiative anti-burqa. Cette fois-ci, la cheffe du Département de justice et police défend la loi fédérale sur les mesures policières et la lutte contre le terrorisme (MPT). Le référendum avait été lancé par les jeunesses de parti qui considéraient ce texte comme liberticide et contraire à l’Etat de droit. Ses défenseurs, le Conseil fédéral et les partis de droite, répliquent que la loi permettra de mieux prévenir d’éventuels actes terroristes sur le territoire suisse. La campagne a été plutôt discrète, mais il y a tout de même eu plusieurs prises de position très critiques de juristes ou d’organisations internationales considérant cette loi en contradiction avec des traités internationaux signés par la Suisse. Ce que rejette la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter. Ce jeudi encore, l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) a même affirmé que: «Ces nouvelles mesures antiterroristes pourraient ouvrir la porte à des informations obtenues par la torture.» Si le dernier sondage de la SSR affirme que 62% des Suisses voteraient pour cet objet, ce résultat pourrait baisser à la suite des perquisitions qui ont eu lieu chez de jeunes grévistes du climat et qui a relancé, quelque peu, la campagne autour de la définition du terme «terrorisme» considérée comme trop vague par les opposants à la MPT.

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Loi covid, une campagne sur les réseaux

Sur le plan fédéral, le 5e objet au programme est la loi Covid-19. Ses adversaires dénoncent notamment l’emprise de l’Etat dans la gestion de la pandémie. Même si les rangs des opposants à ce texte ont augmenté ces dernières semaines, le dernier sondage parle d’un oui à 64%. Les adversaires à ce texte sont rassemblés principalement au sein des Amis de la Constitution et se mobilisent fortement sur les réseaux sociaux. Face à eux, tous les partis politiques et le Conseil fédéral. Les Amis de la Constitution ne contestent pas les aides, mais les mesures «hautement liberticides et disproportionnées» que le Conseil fédéral a prises pour juguler la pandémie. Ils tentent de transformer ce scrutin en un vote de défiance sur la stratégie du Conseil fédéral. Les défenseurs du texte affirment eux que si cette loi était refusée, toutes les aides financières tomberaient au 25 septembre.

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Fribourg: quel avenir pour Bluefactory?

Sur le plan cantonal, les Fribourgeois devront décider s’ils acceptent de verser 25 millions supplémentaires pour le projet de pôle technologique Bluefactory. C’est l’avenir du quartier d’innovation qui est en jeu. Le gouvernement et le parlement ont largement soutenu ce projet, mais des députés en grande majorité UDC ont actionné un instrument habituellement peu utilisé: le référendum parlementaire financier. Malgré le soutien de l’ensemble du Fribourg institutionnel, le oui n’est pas garanti dans les urnes. Parmi le grand public, Bluefactory a jusqu’ici plutôt l’image d’une friche industrielle qui fait parler d’elle surtout pour ses retards (le plan d’affectation cantonal n’a été délivré qu’en juillet 2018) et ses attentes déçues, comme celle de créer 2500 emplois (aujourd’hui 340).

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En ville de Fribourg, un scrutin retient aussi l’attention: il va totalement à l’encontre de la tendance actuelle de privilégier les transports publics. Une initiative lancée par le Parti des artistes et intitulée «l’automobiliste n’est pas un pigeon, c’est un voyageur», exige que les parkings à Fribourg ne coûtent pas plus d’un franc par heure. Les autorités s’y opposent, notamment car la ville perdrait ainsi entre 1 et 2 millions de francs chaque année.

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Le canton de Genève va-t-il accepter un projet d’aménagement?

Les Genevois vont de nouveau voter sur un projet d’aménagement du territoire et une nouvelle fois il n’est pas sûr d’être accepté. «Oui à des infrastructures dont Genève a cruellement besoin», c’est avec ce mot d’ordre qu’une large coalition soutient le projet de déclassement de la Goutte de Saint-Mathieu, à Bernex. Sur cette parcelle enclavée de 4,5 hectares située en zone agricole, l’Etat veut construire un cycle d’orientation, une école de formation professionnelle, ainsi que divers autres équipements publics, mais il se heurte aux référendaires, qui défendent fermement les surfaces cultivées.

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La Cité de la musique en danger

Autre sujet très disputé, mais en ville de Genève cette fois-ci, la Cité de la musique. Ce projet architectural signé par le Genevois Pierre-Alain Dupraz serait créé au cœur du Petit-Saconnex, en face de la place des Nations. Elle accueillerait la Haute Ecole de musique (HEM), l’Orchestre de la Suisse romande (OSR) ainsi qu’une salle de 1580 places. Le financement serait assuré par une fondation. D’ailleurs, les opposants reprochent un manque de transparence sur la provenance des fonds. L’UDC, l’extrême gauche et les Vert·e·s dénoncent un projet qui «finira par coûter très cher aux collectivités publiques» et qui entraînera l’abattage de 130 arbres.

Cette votation en rappelle une autre: le projet dit Jean Nouvel d’extension du Musée d’art et d’histoire, financé en partie par la Fondation Jean Claude Gandur, qui mobilisait contre lui les mêmes acteurs et qui a été refusé en 2016 par les Genevois. Le scénario va-t-il se répéter dimanche?

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Unanimité dans le Jura

Tous ces objets, comme on l’a vu, sont âprement disputés. Finissons par un sujet qui fait l’unanimité dans le Jura. En tout cas personne ne s’y est ouvertement opposé. C’est l’initiative «Egalité salariale: concrétisons!». Lancée par le syndicat Unia, elle est – ce qui est totalement inhabituel – soutenue par le gouvernement et tous les partis politiques. L’objectif est d’introduire des mesures concrètes pour mettre fin à l’inégalité salariale qui demeure encore entre hommes et femmes. En 2017, elle était de 23% dans le Jura. Pour ce scrutin, l’enjeu sera le nombre de oui qui sortiront de l’urne.

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