La juge Corinne Suter a beau avoir prononcé deux non-lieux dans l'affaire Black & Decker, lus et approuvés par le procureur Yves Maître, et levant définitivement la présomption pénale d'escroquerie, la suspicion subsiste. Il n'y a pourtant pas de lésé: les assureurs ne réclament rien. Pas de plaignant, pas d'escroquerie!

Absence de culpabilité ne signifie toutefois pas innocence. Ce n'est pas tant la croisade acharnée de l'ancien contremaître licencié qui laisse planer le doute, mais la manière dont Black & Decker a pris ses cliques et ses claques en 1994, une fois les exonérations fiscales épuisées. La méfiance est encore entretenue par l'absence, en 1990 et 1991, d'une enquête policière digne de ce nom, et par les intérêts en jeu à l'époque, entre le Jura et l'employeur Black & Decker, ou entre les assurances et leur puissant client. Le malaise est aussi alimenté par des rumeurs de pressions, venues d'on ne sait où, qui ont pu entraver la recherche de la vérité. N'a-t-on pas dit que qui cherchait noise à Black & Decker risquait sa vie?

Les magistrats ont certes raison, aujourd'hui, d'asséner qu'il n'aurait jamais dû y avoir d'affaire Black & Decker. Mais le mystère qui l'a entourée et la mise en évidence de dysfonctionnements entre la police et la justice, toutes deux mises en cause, ont suscité le trouble. L'affaire a en tout cas eu le mérite de régler les rapports entre la police et la justice sans faire trop de vagues. L'arrivée de nouvelles têtes au ministère public et à la police de sûreté y a contribué.

S. J.