«Vous êtes une honte pour la race», a écrit un lecteur de Blick à Suzanne Auer, la future porte-parole de Ruth Dreifuss. Parce qu'elle est la compagne d'un Kosovar, parce que le quotidien zurichois a cru déceler dans cette union les germes d'un «conflit d'intérêts» avec son prochain emploi au Département fédéral de l'intérieur et jugé bon, le 14 janvier, de le faire savoir dans ses colonnes, Suzanne Auer a reçu une lettre anonyme. «C'est du réchauffé, dit-elle. Notre relation est connue, mon compagnon et moi avons participé en 1998 à l'émission «Wunderpaar» de la télévision alémanique.» Que faut-il déduire de l'interrogation du journal: qu'un agent à la solde de l'UÇK a entrepris de soutirer des secrets d'Etat à l'ingénue Suzanne?

«Recherche porte-parole…» Suzanne Auer répond en octobre à l'annonce du DFI, le département de Ruth Dreifuss et rencontre pour la première fois la ministre en décembre pendant plus d'une heure. La conseillère fédérale l'impressionne: «Je l'ai trouvée souveraine.» Elle est engagée peu de temps après et remplacera Catherine Cossy le 1er mars.

Suzanne Auer va quitter l'Organisation suisse d'aide aux réfugiés (OSAR), où elle est entrée en 1994. C'est sa période humanitaire: fonctionnaire à l'Office fédéral des réfugiés de 1988 à 1993, elle enchaîne, pour un an, avec le Corps suisse d'aide en cas de catastrophe qui l'envoie à Belgrade superviser un projet social et distribuer chaussures et matériel scolaire, à quoi s'ajoutent soixante tonnes de fromage suisse. A l'OSAR, elle produit des analyses, dirige la documentation et le secteur juridique et assume la fonction de porte-parole. La question kosovare l'absorbe. Elle connaît bien les Balkans; docteur en langues slaves, elle parle couramment le serbo-croate. Elle fait la connaissance, en Suisse, il y a six ans, de l'homme avec qui elle partage aujourd'hui sa vie.

«J'en ai assez des mauvaises nouvelles, tous les jours, rien que des malheurs.» A 41 ans, Suzanne Auer veut «tenter autre chose». Elle a le contact facile, rit de bon cœur. Petite, elle voulait être archéologue. Adolescente, Mark Spitz, le nageur américain couvert d'or au Jeux de Munich, l'émerveillait.

Dimension stratégique

Suzanne Auer est fille unique. Ses parents ont divorcé tôt. Elle a grandi aux côtés de sa mère. Elle admire son grand-père maternel. «Il m'a transmis une conscience morale et sociale, il m'a rendue sensible aux autres.» Il y a trois ans, Suzanne Auer adhérait au Parti socialiste. «Pourquoi? Peut-être parce que j'étais inquiète de l'hostilité croissante d'une partie des Suisses envers les étrangers.» Sa nomination au poste de porte-parole du DFI revêt une dimension stratégique. Suzanne Auer est Suisse alémanique, et c'est en Suisse alémanique que la politique de Ruth Dreifuss passe le plus mal.