Suzette Sandoz, professeur de droit de la famille à l'Université de Lausanne, est désormais à la retraite. Sa nouvelle vie n'a pas encore commencé. Il y a des travaux à terminer, des étudiants à accompagner jusqu'à leur thèse. Tout de même, sans les cours, les dimanches soirs sont désormais plus détendus. Elle vient d'accepter de retourner au synode. Se rendre utile là où on peut l'être.

Maintenant qu'elle aura plus de temps pour elle, la libérale vaudoise n'entend pas revenir sur le devant de la scène. Pour avoir siégé cinq ans au Grand Conseil vaudois puis sept au Conseil national, elle sait que la politique ne repasse pas les plats. Va-t-elle se taire du coup? C'est peu probable. Suzette Sandoz tient à sa chronique mensuelle dans la NZZ Am Sonntag, à sa tribune régulière dans 24 heures. Celle qui «ne peut s'empêcher de réagir» aime beaucoup écrire.

«Neinsagerin»

Suzette Sandoz, la dame qui dit non. En vingt ans de politique, on l'a vue s'opposer à l'Espace économique européen (EEE), à la loi sur l'égalité, à l'assurance maternité, au PACS ou à l'abaissement de la majorité à 18 ans. Autant dire les causes les plus incontestables, celles qui faisaient l'objet des plus beaux consensus, en apparence du moins. «Le terme de «neinsagerin» est très réducteur, se défend-elle. J'ai toujours défendu les valeurs fondamentales. Il faut savoir dire non, comme des parents aux enfants, même si c'est désagréable.»

Des valeurs fondamentales? «A la base, les valeurs chrétiennes», répond-elle. L'amour de Dieu, de son prochain comme de soi-même. En d'autres termes, le droit de la personne, mais aussi la responsabilité individuelle, la maîtrise de soi. «Quand on défend des valeurs, est-on ringard ou plutôt à l'avant-garde?» Le 26 novembre, cette championne de la famille votera contre l'harmonisation des allocations familiales, au nom de son combat contre «l'altruisme bêtifiant.» Pour le milliard de cohésion, elle dit oui sans états d'âme: «Nul comme idéal, juste le prix à payer pour échapper au chantage de l'Union européenne.»

Ses causes sacrées, Suzette Sandoz les a toujours défendues en juriste, juriste jusqu'au bout des ongles. Cette «envie de droit», qui remonte à son enfance dans une bonne famille vaudoise, elle l'a poussée jusqu'à une forme d'absolu. Sans craindre de se profiler comme la pinailleuse en chef de la politique fédérale. Ni d'exaspérer non seulement la gauche ou les féministes, mais jusque dans son propre camp, tant elle conforte le préjugé selon lequel les libéraux font de la politique comme dans les livres. Son professeur et mentor Claude Bonnard vantait en elle sa meilleure étudiante, tout en regrettant que son goût de la perfection théorique la fasse décoller du sol. A l'heure de la retraite, Suzette Sandoz ne peut retenir une moue de dédain pour les nombreux juristes qui se montrent plus accommodants qu'elle avec l'air du temps.

Cabotinage

Au fond, n'est-ce pas une forme de coquetterie qui la mène à dire non quand tout le monde dit oui? Là aussi, elle dément. «En disant certaines choses haut et fort, on permet à des minorités, voire à des majorités silencieuses d'être entendues. J'ai une facilité de parole, j'aime le débat, c'est à moi de le faire. Ce n'est pas le goût de la divergence qui m'anime. Ce n'est pas si facile. On prend des coups.» Le plus dur? La campagne contre l'EEE, en 1992. La première fois où elle a perçu de la haine. «A mort Sandoz» tagué sur le mur de son jardin. Un tournant selon elle. Depuis, le débat politique est devenu plus âpre et l'engagement - coupable - du Conseil fédéral dans les campagnes croissant.

Quoi qu'elle en dise, il y a une part de cabotinage chez Suzette Sandoz. Antidote au conformisme ambiant, appréciée des médias de ce fait, elle adore son public. Elle a fait de sa récente leçon d'adieu à l'Université un véritable show, disent des témoins. Et il faut l'avoir vue participer à la soirée militante du Théâtre de Vidy contre les lois sur l'asile et les étrangers récemment approuvées par les Suisses. Contestant des atteintes disproportionnées aux droits de la personne, elle est seule de son bord dans une assemblée réunissant tout le gotha de la gauche vaudoise. «Quand je lis cette loi, je vois rouge», lance-t-elle plaisamment à Lova Golovchiner, l'animateur de la soirée.

Pas de véritables ennemis

Tels sont les deux visages de Suzette Sandoz. Côté rue, la vestale implacable de la logique formelle, fidèle à sa ligne jusqu'à la rigidité, fière du surnom de Dame de fer qui a pu lui être donné. Côté jardin, une femme sympathique, drôle et attentionnée. «J'aime la vie et les gens, je n'aime pas me brouiller», assure-t-elle. Elle peut bien mener publiquement ennemis et amis politiques au bord de la crise de nerfs, elle désarme ses interlocuteurs dans le contact personnel. On ne lui connaît pas de véritables ennemis.

Avec sa politesse exquise, sa jaquette de tailleur beige jetée sur les épaules, Suzette Sandoz se réjouit de pouvoir encore mieux sacrifier, dans son salon à l'ancienne, aux lois de l'hospitalité. Comme du temps de son mari, quand elle s'était donné pour mission première de rendre sa famille heureuse. Veuve d'un juge cantonal, elle a dû élever seule sa fille, tout en lançant sa carrière académique et politique. Des circonstances qui ne sont pas sans avoir contribué à sa statue d'austérité et de devoir, ose-t-on remarquer. «Le devoir? Mais cela fait partie des plaisirs de la vie!»