«J'attends de la Swiss House de Singapour qu'elle soit le lieu où les gens viennent prendre le vent qui les pousse vers le large», avait déclaré Pascal Couchepin en juillet 2004, lors de l'inauguration de cette troisième antenne de promotion à l'étranger - après Boston et San Francisco - de l'éducation, de la recherche et de l'innovation suisse. Un an et demi plus tard: brise ou mistral? Avec quelle force souffle ce vent évoqué par le ministre de l'Intérieur, alors que Singapour s'affiche comme un carrefour économique et scientifique incontournable en Asie du Sud-Est? Le point avec la directrice, Suzanne Hraba-Renevey.

Le Temps: En 2004, vous aviez tout à prouver. Y êtes-vous parvenue?

Suzanne Hraba-Renevey: Ce serait prétentieux de l'affirmer. Nous avons essayé de montrer notre utilité, en nous engageant dans des événements ou en soutenant des activités qui ont débouché sur des résultats concrets.

- Par exemple?

- Il doit désormais y avoir quatre ou cinq accords d'échange universitaires supplémentaires, par exemple entre l'Université de Genève et la National University of Singapore (NUS), qui concernent une cinquantaine de personnes par an. Nous sommes aussi actifs dans les foires éducationnelles en Asie; cette année, neuf institutions de Suisse sont venues se présenter à Singapour, pour montrer que notre pays n'est pas qu'une place bancaire, mais aussi un centre d'excellence de l'éducation et de la recherche. Par ailleurs, le master en biologie des maladies tropicales que nous avons aidé à mettre en place entre la NUS et l'Institut tropical suisse est en cours. Nous participerons à la sélection des étudiants de la volée 2007. Sinon, nous tentons, avec nos fonds limités - 70 000 francs par an pour les projets -, de mettre sur pied des événements peu coûteux, mais efficaces en terme de visibilité de la Suisse. Notre exposition sur Einstein, où nous insistons sur ses étapes de vie à Berne et à l'EPF de Zurich, est un exemple. Pour 11 000 francs investis, elle a été vue par des milliers de visiteurs au Singapore Science Center, puis ailleurs en Asie, et voyage maintenant aux Etats-Unis.

- L'un de vos objectifs déclarés était aussi de développer des réseaux de contacts...

- Ce «réseautage» - notre activité quotidienne - constitue notre plus-value la plus précieuse. Nous avons des relations privilégiées avec nombre de personnes importantes ici. Ces liens les rendent rapidement accessibles à toutes sollicitations venant de Suisse. Par exemple, une start-up active dans les nanotechnologies et soutenue par l'Agence pour la promotion de l'innovation (CTI), s'intéressait à s'installer dans l'île. Grâce à nos démarches, les instances économiques locales lui ont aussitôt proposé d'assurer 30% du financement de son implantation.

- Un de vos points faibles avoués est l'interaction modeste avec les deux autres Swiss Houses...

- Nous ne travaillons pas encore assez ensemble. Mais, de notre côté, nous avons d'abord utilisé notre énergie ici pour nous établir. J'ai d'ailleurs bénéficié de l'aide appréciable de mon homologue de San Francisco. Cela dit, il est clair que nous devrons mettre sur pied davantage de projets communs, à l'image de cette exposition Einstein, et de deux nouveaux projets communs, dont l'un a été mis en place avec les écoles d'architecture suisses. Et nous devons aussi, même si cela se fait déjà, mieux vendre encore la «marque» Swiss House.

- Malgré la concurrence existant entre vos trois entités, dont l'efficacité sera évaluée dans les prochains jours...?

- Nous sommes effectivement censés lever des fonds privés pour financer deux tiers de nos projets. En une année, ici, j'ai déjà atteint un tiers. Mais l'aspect de compétition vis-à-vis des sponsors est modeste, car nous touchons des continents différents. De mon côté, je vise fin 2007 pour atteindre l'objectif. Notamment grâce à nos nouveaux outils de communication - notre premier rapport annuel et notre newsletter électronique.

- De Suisse, où l'on aurait plutôt tendance à vous oublier, vous sollicite-t-on beaucoup?

- De plus en plus depuis six mois. Des exemples? Les organisateurs du «Forum mondial des savoirs» de Crans-Montana nous ont demandé de dénicher des orateurs provenant d'Asie. Une tâche conséquente qui montre la confiance qu'on nous accorde. Et les promoteurs du concours de business-plan Venture'06 - l'EPFZ et McKinsey -, nous ont sollicités pour assurer le marketing de leur compétition en Asie, où celle-ci s'ouvre pour la première fois.

- A ce sujet, d'aucuns affirment que vos démarches concerneraient surtout l'économie et le marketing, aux dépens de la recherche académique...

- C'est l'inverse. Nous nous consacrons pour deux tiers à l'éducation et la recherche, et pour le reste au business high-tech.

- Certains politiciens voyaient les Swiss Houses comme des «agences de bureaucrates». Cette image a-t-elle changé?

- Ceux qui viennent nous rendre visite - il y a déjà eu sept parlementaires et deux conseillers fédéraux - se convainquent du contraire... Nous sommes une petite équipe de quatre personnes, dont deux stagiaires motivés venant de Suisse, et donc, à l'image d'une start-up, nous sommes très dynamiques. Mais nous pourrions faire davantage avec plus de moyens publics et un effectif plus important - même une seule personne. Et si les politiciens doutent encore, il est intéressant de noter que le concept des Swiss Houses éveille beaucoup d'intérêt à Singapour chez nos collègues japonais, français, allemands ou britanniques. Ces derniers ont d'ailleurs ouvert un bureau similaire au nôtre. Cela me semble être une bonne indication de réussite...