Swissaid, fondation suisse pour la coopération au développement, lance un appel à tous les partenaires engagés dans le projet d'exploitation pétrolière au Tchad pour que celui-ci profite aux populations locales. Cet appel s'adresse non seulement à la Banque mondiale et au gouvernement tchadien, mais également à la Suisse, pour qu'elle appuie ce processus sur le terrain, où elle est très présente au travers de sa politique de développement, comme au sein de la Banque mondiale.

Ce projet, qui prévoit la construction d'un pipeline de plus de 1000 kilomètres entre le sud du Tchad et le port de Kribi au Cameroun, est unique à plusieurs égards. Avec 3,7 milliards de dollars, c'est l'investissement le plus important jamais réalisé au sud du Sahara – à une époque où personne n'investit plus en Afrique – et il est accompagné d'un appareil de contrôle des impacts économiques, sociaux et environnementaux exemplaire dans sa conception, si ce n'est dans sa traduction sur le terrain. La Banque mondiale, dont seul l'aval a permis le montage financier opéré par plusieurs compagnies pétrolières (Exxon Mobil, Petronas et Chevron Texaco), porte en quelque sorte la responsabilité politique, économique et morale de la réussite de l'opération. Le pétrole apporte d'ordinaire la corruption, la guerre civile et la pauvreté, et ne profite que rarement aux populations locales. L'originalité du projet tchadien est de comporter plusieurs garde-fous propres à garantir la bonne gouvernance et un développement socio-économique durable. Le défi posé à la Banque mondiale est de mettre en œuvre un appareil de contrôle et de monitoring qui permette effectivement une réduction de la pauvreté.

Pour le Tchad, l'un des pays les plus pauvres mais aussi les plus corrompus du monde, la manne pétrolière représente un intérêt énorme et des risques en proportion. Un premier bonus pétrolier versé en l'an 2000 avait été utilisé à d'autres fins que celles promises par le gouvernement. Depuis lors, les instruments de contrôle ont été progressivement mis en place par les autorités tchadiennes comme par toutes les parties au projet. Si la transparence financière paraît avoir progressé, il est apparu, au cours d'un séminaire organisé jeudi à Berne, que l'impact sur le terrain est encore imparfaitement maîtrisé. Les travaux de construction et d'exploitation pétrolières bousculent les structures d'une société locale agropastorale sans encore apporter de retombées vraiment positives.