Hans-Rudolf Merz peinait à cacher son dépit, mercredi en début d'après-midi, en quittant la salle du Conseil des Etats. Au terme de deux heures de débat, les sénateurs venaient d'apporter le coup de grâce à la privatisation de Swisscom. Suivant le National, qui s'était prononcé il y a un mois, ils ont décidé de ne pas entrer en matière par 23 voix contre 21.

Or, contrairement à la commission de la Chambre du peuple, qui avait ouvert les hostilités en prônant le refus d'examiner le dossier, celle des Etats avait favorisé le renvoi du projet au Conseil fédéral, pour réexamen. Mais la composition de cet organe n'est pas représentative. Et, au final, la discipline partisane (socialistes et PDC contre radicaux et UDC) l'a emporté.

Sur le fond, le débat a ressemblé à celui qui s'était déroulé au National: les défenseurs du service public se sont opposés aux partisans d'une Swisscom indépendante et seule responsable de sa stratégie entrepreneuriale. Mais la discussion a davantage porté sur la forme: faut-il accorder au gouvernement une deuxième chance en lui offrant la possibilité de revoir le dossier et de présenter des solutions autres que la privatisation complète et immédiate?

C'est sur cette question que la droite dure a tenté de coincer les démocrates-chrétiens. Le président de la commission, Thomas Pfisterer (PRD/AG), n'a pas manqué de leur rappeler les propos tenus par Doris Leuthard devant la Chambre du peuple. En substance, avait dit la présidente du PDC, «nous sommes ici au premier conseil; il s'agit donc de prendre une décision de principe. On pourra toujours réfléchir à une autre solution aux Etats.» Et le radical de reprocher, par conséquent, une position contradictoire aux démocrates-chrétiens, qui continuent obstinément de rejeter la vente de Swisscom, alors que, dans les faits, ils lui seraient plutôt favorables. «Une solution existe. Elle consiste à renvoyer le dossier au Conseil fédéral, pour qu'il apporte des clarifications, voire des modifications à son projet», a souligné le radical.

L'autre camp a toutefois estimé que le point de non-retour était franchi. Simonetta Sommaruga (PS/BE) a repris à son compte les conclusions rendues au début de l'année par la Commission de gestion (l'organe de surveillance parlementaire). Elle a fustigé un gouvernement qui a agi «de façon irresponsable» depuis l'annonce de la vente, semant «une telle confusion» qu'un renvoi se révélerait vain. Même son de cloche au PDC, pour qui le projet ne peut être rafistolé: «Il ne s'agit pas de soigner une carie. Il faut refaire le dentier», a imagé le Valaisan Rolf Escher.

Néanmoins, même parmi les opposants, nombreux concèdent que cet enterrement de la vente de Swisscom s'avérera sans doute provisoire. Et si les socialistes se sont réjouis de ce «coup d'arrêt aux privatisations à tous crins», le PDC semble prêt à certaines concessions. Mais plus tard. Car la liste des enjeux à régler est bien trop fournie, et s'y attaquer prolongerait dangereusement la période d'incertitude que traverse l'opérateur, ont-ils jugé. Les démocrates-chrétiens ne se sont donc pas même laissé convaincre par une cession par étapes des parts de la Confédération, telle qu'envisagée en dernier recours par Hans-Rudolf Merz.

Si le ministre des Finances a une nouvelle fois plaidé en s'appuyant sur l'exemple européen, où la tendance est à la privatisation, son discours paraissait d'emblée résigné. Interrogé à l'issue des débats, il défendait cependant: «Je ne crois pas avoir commis d'erreurs. Le dossier a certes mal décollé, mais nous avons tout fait pour atteindre une certaine altitude de croisière.»

Il souhaite désormais analyser les raisons de son échec. S'il paraît exclu qu'un nouveau message de privatisation sera élaboré avant la prochaine législature (soit, au plus tôt, en 2008), Hans-Rudolf Merz a relancé l'idée d'une minorité de blocage provisoire qui verrait la Confédération garder 33% des parts au lieu des 62 actuels. «Certaines solutions ont peut-être été jetées aux orties un peu vite, a-t-il reconnu. Mais je ne vais pas rester les bras croisés, d'autant que je constate qu'une majorité de parlementaires veut, en réalité, un changement. Enfin, pour des raisons à la fois politiques et économiques, nous n'échapperons pas, à terme, à la privatisation de Swisscom.»