La Confédération va-t-elle se dessaisir d'un nouveau paquet d'actions Swisscom? C'est probable, mais il n'y a là rien de surprenant, car cette hypothèse est dans l'air depuis l'ouverture du capital aux privés en 1998. Légalement, le Conseil fédéral a la compétence de céder environ 15% des 65,5% qu'il détient encore, ce qui représente quelque 5 milliards de francs. L'idée de la vente de ces 15% a ressurgi la semaine dernière et cette perspective a inquiété le Parti socialiste (PS), qui veut que la Confédération garde le contrôle politique de l'entreprise.

Le PS réagit vivement

Le PS refuse que Swisscom soit privatisée. Il ne souhaite pas non plus que la participation fédérale soit abaissée jusqu'au minimum admis par la loi, c'est-à-dire 50,1%. Il a donc réagi avec vigueur, réaction qui a été largement répercutée dans la presse dominicale. «Nous avons voulu allumer un contre-feu afin de nous opposer au PRD, qui veut privatiser les entreprises publiques. Nous voulons aussi rappeler que la récente consultation sur La Poste et Swisscom a clairement montré qu'un abandon de la majorité n'était pas souhaité», justifie son porte-parole, Jean-Philippe Jeannerat.

Si ce projet revient maintenant sur le tapis, c'est à cause de la santé éclatante de Swisscom. A plusieurs reprises, son patron, Jens Alder, a expliqué que son entreprise, surcapitalisée, était en mesure de procéder à des acquisitions ou, à défaut, de racheter des actions (voir ci-dessous). C'est sur ce second scénario, qui concerne en premier lieu l'actionnaire majoritaire, que planchent actuellement Swisscom et le Département fédéral des finances (DFF). Une décision est attendue pour début 2002.

L'opération ne vise pas forcément à racheter les 15% disponibles. Cela peut aussi être un volume moindre. Comme l'acquéreur ne serait pas un nouvel actionnaire, la part de la Confédération au capital de l'entreprise ne serait que peu modifiée; elle resterait autour de 60%. Le PS pourrait à la rigueur s'en accommoder. «Si cette hypothèse se vérifie, elle serait sans doute habile. Mais nous voulons avoir l'assurance d'une stratégie durable», insiste Jean-Philippe Jeannerat.

Les radicaux visent une réduction de la dette

Ce scénario ne satisferait que partiellement le PRD. «C'est celui qui demande le moins de courage. Il laisse cependant ouverte la possibilité de réduire une nouvelle fois la part de la Confédération plus tard», commente son secrétaire général Guido Schommer, qui défend un désengagement plus marqué de l'Etat. Le but de la manœuvre est de trouver une solution qui convienne aussi bien à Swisscom qu'à la Confédération. En vendant une partie de ses actions, cette dernière pourrait mieux distribuer ses actifs et encaisser une recette extraordinaire qui serait comptabilisée comme telle. Pour Guido Schommer, celle-ci devrait alors être utilisée pour réduire la dette. Or, celle-ci est accentuée, cette année comme l'an prochain, par les engagements de la Confédération dans Swissair et Crossair.