L’initiative est bien le réceptacle de toute une série de rancœurs à l’égard de l’islam. Le débat organisé vendredi soir à l’Université de Neuchâtel l’a bien montré. Dans une salle archicomble et une ambiance électrique, Tariq Ramadan, les élus fédéraux Didier Berberat (PS) et Dominique Baettig (UDC) ainsi que le professeur de droit Pascal Mahon ont tenté de cerner les contours de l’initiative et la signification des minarets. Mais le débat a tourné au procès de l’islam. Dominique Baettig, qui s’est présenté comme le «muezzin qui défend la voix d’un peuple suisse inquiet», que les adversaires de l’initiative prennent pour un peuple «de crétins et d’abrutis». Il juge que «l’islam n’est pas une religion comme une autre» et que les musulmans qui viennent en Suisse «ne sont pas uniquement des lettrés et des savants mais aussi des gens moins cultivés qui ont un problème d’intégration».

Tariq Ramadan résume l’initiative à une «attaque contre les symboles visibles d’une religion que l’on nie». Il reconnaît que «le minaret n’est pas une obligation de la foi» et que «les musulmans ont à faire un travail d’écoute de la peur des gens», car l’initiative traduit ces peurs. La discussion a finalement peu porté sur les minarets, mais plutôt sur d’autres questions posées par l’islam, telles que le port du voile ou les dispenses de natation. «C’est bien la preuve que les minarets sont les symptômes de quelque chose de plus profond», note encore Tariq Ramadan, avec qui une partie du public était visiblement venue en découdre.