Devant la justice

«Je formule le vœu que vous nous aidiez à retrouver la lumière.» C’est avec de l’émotion dans la voix que le syndic de Fribourg a prononcé le dernier mot de son procès mardi après-midi. Accusé avec deux coprévenus de faux dans les titres, Pierre-Alain Clément risque une peine de 45 jours-amendes, à 400 francs par jour, avec sursis durant 2 ans (LT du 23.11.2010). Son avocat a demandé l’acquittement. Le juge de police a annoncé que le verdict sera rendu mardi 30 novembre.

Selon l’accusation, les trois accusés, dont l’ancien chef du Service financier de la Ville et l’ancien chef comptable devenu chef de service, ont sciemment trafiqué les chiffres du bilan communal de 2000 à 2003. Ils ont sous-évalué la garantie que la Ville accordait à sa caisse de pension pour «s’épargner un tollé politico-médiatique» et protéger le rating bancaire de la Ville. Par exemple, en 2003, ils ont indiqué une garantie de 28 millions de francs au lieu de 108 millions.

«Un fardeau»

«Chaque matin, depuis ce funeste jour d’août 2007 (ndlr: lorsque le juge d’instruction a annoncé qu’il était prévenu de faux dans les titres), je porte ce fardeau, ajoute Pierre-Alain Clément. Chaque jour, j’essaie de dépasser cette souffrance pour remplir au mieux ma charge.» L’un de ses coaccusés ajoute: «Mes enfants ont parfois eu des insomnies, des peurs, car ils ne comprenaient pas, mais ressentaient mon mal-être. Pour qu’ils puissent revivre dans une certaine insouciance, il vaut mieux clore cette affaire.»

Pour Alexandre Emery, avocat du syndic, il s’agit de lui rendre «sérénité et honneur». «C’est un mauvais procès», une procédure où «tous les éléments à décharge ont été escamotés» par le juge d’instruction. En tant que député, le syndic a fait partie du comité de la caisse de prévoyance du canton de Fribourg, avant d’être un magistrat communal. «Mais son expérience législative ne lui a donné aucune connaissance approfondie de la gestion d’une caisse de pension», estime son avocat.

Il était alors enseignant de mathématiques, «mais n’avait aucune connaissance en comptabilité», poursuit-il. Pour lui, les vrais responsables sont les anciens responsables de la caisse, dont l’ancien syndic démocrate-chrétien Dominique de Buman, aujourd’hui conseiller national et blanchi par l’enquête.

Attente passive

Contre-attaque de Fabien Gasser, substitut de la procureure: «Nous ne faisons pas le procès de l’administration de la caisse de pension. Quand on prend une telle décision (ndlr: de déterminer la garantie à inscrire au bilan communal), il ne suffit pas d’attendre passivement une réaction du réviseur des comptes ou de l’organe cantonal de surveillance des fondations.»