USS

Le syndicaliste Maillard est de retour

Après une semaine à la tête de la faîtière syndicale suisse, Pierre-Yves Maillard donnait ce lundi sa première conférence de presse. L’occasion de préciser son rôle à la tête du navire USS

Jour important pour Pierre-Yves Maillard hier lundi, qui a mené sa première conférence de presse en tant que président de l’Union syndicale suisse (USS). Outre l’objet du jour – la problématique du travail temporaire – il s’est exprimé sur ses débuts à la tête de la faîtière des travailleurs.

Convaincre sur le terrain

Ancien secrétaire régional d’Unia, le socialiste vaudois semble avoir tourné la page du gouvernement cantonal pour rallumer la flamme syndicaliste. Avec passion: «L’équipe est très bonne. Je suis motivé. Et déjà très occupé! De gros dossiers sont sur la table, qui me tiennent à cœur, notamment en lien avec l’Union européenne.» Aux rênes de l’USS depuis une petite semaine, l’ancien conseiller d’Etat est conscient d’être arrivé à un moment charnière: «C’est une période importante pour les syndicats, durant laquelle nous pouvons montrer à quel point nous sommes nécessaires. Pour les salaires – lors des discussions en lien avec l’accord-cadre – mais aussi pour les rentes, ou encore pour les retraites.»

Si les revenus baissent même quand la situation économique est bonne, quand les travailleurs profiteront-ils de la croissance?

Pierre-Yves Maillard, président de l’USS

Les combats ne manqueront pas pour le nouveau syndicaliste en chef. A commencer par les discussions sur l’accord-cadre avec l’Union européenne: «L’USS soutient les accords bilatéraux et la libre circulation, dit Pierre-Yves Maillard, mais cette dernière doit être régulée avec de nouvelles sécurités économiques, notamment pour les travailleurs âgés.» Le syndicat devra batailler pour expliquer ses positions sans faire le jeu de l’initiative de l’UDC contre la libre circulation des personnes, qui prend pour cible la concurrence des travailleurs étrangers en Suisse. «Pour gagner cette votation, le Conseil fédéral devra montrer par des signaux concrets que la prospérité actuelle bénéficie à l’ensemble de la population», indique Pierre-Yves Maillard. Ce n’est toutefois pas le cas aujourd’hui, souligne-t-il.

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Les syndicats en perte de vitesse

«La Suisse traverse une phase très particulière, explique le Vaudois. Le chômage est en baisse, la croissance économique est en hausse mais les salaires réels diminuent. Or, selon la théorie économique, ils devraient au contraire monter.» Encore relativement bas (2,6%), le travail temporaire en hausse est l’une des causes de ce déséquilibre, selon lui. «Un employé temporaire doit gagner la même chose qu’un travailleur fixe pour un travail égal», martèle le président de l’USS, qui s’inquiète de la stagnation des rémunérations: «Il faut que les salariés puissent profiter de la période de bonne santé économique actuelle, dit-il. Car si les revenus baissent même quand la situation économique est bonne, quand les travailleurs profiteront-ils de la croissance?»

La mission ne sera pas simple pour le syndicat, dont le nombre de membres a fortement chuté ces dernières années. De 383 000 affiliés en 2005, l'USS est descendue à 353 000 début 2018. «La tendance à la désyndicalisation est lourde et s’observe à l’échelle internationale, reconnaît le Vaudois. Mais ce n’est que lorsqu’on s’organise qu’on arrive à améliorer les conditions de travail. Il n’y a pas de formule magique pour faire remonter les effectifs, mais j’y suis parvenu quand j’étais secrétaire régional. C’est un travail de tous les jours.» Sa solution? Le terrain. «Même à l’époque des réseaux sociaux, dit-il, rien ne vaut le contact direct.» 

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