Après le refus cinglant de la première version de la révision de la loi sur travail par le peuple, le 1er décembre 1996, le Parlement s'est remis au travail. Il devrait proposer vendredi un nouveau texte mais, déjà, le Syndicat du livre et du papier, annonce un référendum. Dans un argumentaire de quatre pages, le SLP dénonce une révision qui «contourne le vote du 1er décembre». Samedi, lors d'une réunion informelle, une cinquantaine de représentants des syndicats semblaient déterminés à apporter leur soutien à un référendum, selon le Tages-Anzeiger. Mais le projet ne sera pas soutenu par l'Union syndicale suisse (USS), qui trouve la démarche contre-productive.

«La révision de la loi sur le travail n'est pas satisfaisante, surtout si l'on tient compte de la victoire du 1er décembre 1996, déclare Pierre-André Charrière, secrétaire du SLP. Il aurait fallu pousser notre avantage. Mais le comité de l'USS a été frileux. C'est une occasion ratée. Or les révisions de la loi sur le travail sont rares, il faut en profiter.»

Le SLP refuse le prolongement de la journée de travail jusqu'à 23 heures (actuellement le travail de jour s'arrête à 20 heures), une disposition qualifiée de «degré zéro de la protection du travail». Il veut renforcer l'interdiction du travail de nuit et du dimanche, abaisser la durée légale du travail à 40 heures par semaine, supprimer les exceptions permettant de ne pas appliquer certains articles de la loi.

De son côté, l'USS se désolidarise de cette démarche. «Nous ne pouvons pas lancer un référendum contre une loi qui, comme nous l'avions exigé en 1996 par voie référendaire, accorde une compensation en temps libre pour le travail de nuit, estime Christine Luchsinger, au secrétariat de l'USS. Nous avons également obtenu la suppression des six dimanches de travail par an, ainsi que la diminution des heures de travail supplémentaires autorisées, qui passent de 260 à 170 dans la nouvelle loi. Il est naïf de croire que l'on pourrait obtenir plus du Parlement actuel.» En conséquence, l'USS compte sur le peuple pour introduire la semaine des 36 heures et elle va lancer une initiative en mai.

«Le reférendum présente également le désavantage de détourner les syndicalistes de l'essentiel, poursuit Christine Luchsinger. Il nous empêche par exemple de nous attaquer à la deuxième ordonnance qui permet, dans certains cas, des semaines de travail de 60 heures.»