Du point de vue syndical, il n’y a qu’une seule réponse à la surévaluation du franc et à ses conséquences pour l’économie et l’emploi : la Banque nationale suisse doit replacer le niveau du franc sous contrôle. La BNS et le Conseil fédéral doivent remplir leur mandat de politique monétaire et conjoncturelle. «C’est la seule manière d’empêcher que des industries et des secteurs économiques ne soient sacrifiés avec des dizaines de milliers d’emplois» à cause de «la faute de politique économique la plus grave de ces dernières décennies», a martelé le président de l’Union syndicale suisse (USS), Paul Rechsteiner.

L’USS qui, avec Unia, présentait vendredi à Berne la réponse syndicale à l’abandon du taux plancher, ne décolère pas contre la décision de la BNS, aussi soudaine qu’inexpliquée. Ses dirigeants souhaitent donc que les milieux politiques, en compagnie des partenaires sociaux, notamment des employeurs, fassent pression sur le Conseil fédéral et la direction de la BNS pour rétablir un taux de change normal. Que l’économiste en chef de l’USS, Daniel Lampart, situe aux alentours de 1fr.30. Mais la passivité du Conseil fédéral, qui laisse se profiler le risque du déclin d’une part de l’économie et l’apparition de la déflation, est aussi fortement critiquée par les syndicats.

L’USS ne se fait guère d’illusions, si la plupart des employeurs souffrent de la brusque envolée du franc et des ruptures de commandes et veulent éviter des licenciements, «il y a aussi des profiteurs politiques des crises monétaires», selon le mot de Paul Rechsteiner, qui veulent profiter de la situation pour rétablir des programmes néolibéraux et démanteler des acquis sociaux. Le syndicat Unia a ainsi identifié, ces derniers jours, une quarantaine de sociétés souvent implantées dans des régions frontalières qui cherchent à répercuter la hausse du franc sur leur main d’œuvre. Soit en payant les salariés frontaliers en euros, ce qui est interdit et a été condamné par un tribunal bâlois, soit en procédant à des baisses généralisées de salaires.

Pas de baisses de salaires, qui aggraverait les problèmes de toute l’économie, mise en œuvre d’une politique de protection des salaires prévue par la loi, comme le renforcement de l’obligation de payer en francs suisses et non eu euros, relance du projet d’assurance contre les risques de change via la protection contre les risques à l’exportation, renoncement aux programmes d’austérité, ce sont les autres revendications de l’USS.

Car, du côté syndical, on craint que les conséquences économiques de la surévaluation du franc n’entraînent dans le pays un début de récession. Donc des risques de tensions sociales.