Le ralentissement de la croissance économique n'essouffle pas les syndicats, bien au contraire. Ils comptent aborder les négociations salariales de l'automne en déposant sur la table des pourparlers une demande de hausse des salaires de 5% en règle générale, soit 1,5% pour compenser le renchérissement et au moins 3% d'augmentation réelle. Pour Serge Gaillard, secrétaire dirigeant à l'Union syndicale suisse (USS), que préside Paul Rechsteiner, cette revendication est justifiée: «La situation conjoncturelle troublée ne constitue pas une raison de ne pas relever les salaires. Le moment est venu de combler le retard considérable qui s'est accumulé. L'explosion des revenus des directeurs a démontré que les entreprises avaient les moyens nécessaires pour augmenter la masse salariale. L'essoufflement conjoncturel affecte surtout l'industrie, alors que la construction et l'économie intérieure devraient poursuivre leur croissance», analyse-t-il. «La situation du marché du travail reste bonne», ajoute-t-il.

Les syndicats seront-ils entendus? A en croire la réaction de l'Union patronale suisse (UPS), on peut en douter. En juin, son directeur Peter Hasler avait certes évoqué la possibilité d'une substantielle hausse des salaires réels. Mais il a changé de ton durant l'été. A son avis, les salariés ne doivent pas placer leurs espoirs trop haut. En coulisses, on murmure que l'augmentation des salaires pourrait ne pas dépasser quelque 2%, renchérissement compris, ce qui est à mille lieues de ce que demandent les syndicats.

L'UPS rejette la discussion ouverte par les syndicats sur la nécessité de rattraper le retard pris dans l'adaptation des salaires. «L'entreprise doit plutôt distribuer les gains de productivité sous forme de baisses de prix au profit de sa clientèle. Si ces gains de productivité étaient redistribués une seconde fois, des licenciements supplémentaires seraient déjà programmés pour la prochaine récession», a-t-elle communiqué mercredi, en précisant qu'elle s'abstiendrait d'émettre la moindre recommandation en vue des négociations salariales d'automne, car celles-ci se font branche par branche. Survol des revendications syndicales.

Construction: +5%. La pleine compensation du renchérissement et une hausse générale de 250 francs sont demandés, précise Hansueli Scheidegger, secrétaire central du Syndicat industrie et bâtiment (SIB). L'an dernier, au terme d'âpres négociations et de menaces de grève, le SIB n'avait obtenu que 100 francs. Par ailleurs, il souhaite négocier une nouvelle convention collective de travail (CCT) reposant sur une durée de travail hebdomadaire de 37,5 heures.

Chimie: +5%. C'est la branche qui a le plus obtenu ces dernières années, mais au prix d'une individualisation accrue des salaires. Les bons résultats des entreprises justifient une hausse générale de 5% (renchérissement inclus), stipule Hansueli Scheidegger.

Machines et métallurgie: «Nous voulons une augmentation généralisée allant jusqu'à 5%, compensation du renchérissement comprise. Et nous ne voulons plus de salaires inférieurs à 3500 francs. L'industrie des machines se porte bien et, malgré le fléchissement de la croissance, l'organisation patronale pense que l'évolution continuera à être positive», dissèque Jean-Claude Rennwald, membre du comité directeur de la FTMH.

Horlogerie: Chut! On est en pleines négociations pour le renouvellement de la CCT, qui arrive à échéance cette année. Elles portent sur plusieurs aspects de la politique salariale. Jean-Claude Rennwald garde donc le mutisme afin de ne pas les mettre en péril.

Service public: +5%, renchérissement compris, et cela aussi bien aux CFF, qu'à La Poste et chez Swisscom. «Les mesures d'économies ont été réalisées sur le dos du personnel, pendant que les top managers se servaient généreusement. Cela a réduit son pouvoir d'achat. Le personnel a le droit de toucher une participation équitable aux bénéfices», plaide Manuel Avallone, secrétaire du Syndicat des cheminots (SEV).

Banque: L'Association suisse des employés de banque (ASEB) demande une augmentation réelle et générale de 4%. Sa secrétaire centrale Mary-France Goy déplore l'«individualisation» des salaires, qui croissent surtout par l'octroi de bonus et de gratifications. Pour tenter de mesurer le phénomène, l'ASEB a lancé une enquête sur les primes individuelles qui ont été accordées ce printemps.